Traduction de l’éditorial de nos camarades d’Izar de l’État espagnol du 31 octobre 2026
Mercredi 28 octobre, peu avant 9 heures, un AVE1 est entré en collision avec un train Iryo2 qui se trouvait à Urda (Tolède), faisant 69 morts et plus de 100 blessés. Une tragédie qui s’est produite seulement dix mois après la collision à Adamuz (Cordoue) et le déraillement par un éboulement sur la R4 de Rodalies3 à Barcelone, qui a fait 46 autres morts.
Izar (Izquierda Anticapitalista Revolucionaria) s’adresse aux familles et amis des victimes et des blessés pour exprimer toute sa solidarité en tant qu’organisation.
Le gouvernement donne la priorité à ses intérêts électoraux
Alors que les investigations se poursuivent, la version donnée par le ministre des Transports et de la mobilité durable, Óscar Puente, mercredi à midi, indiquait qu’un opérateur du centre de régulation et de contrôle aurait autorisé l’AVE à « poursuivre la marche » et à franchir un feu rouge sur la même voie que le train de l’Iryo. Une affirmation qui était donnée avant que l’autorité administrative indépendante pour les enquêtes techniques sur les accidents et incidents ferroviaires, maritimes et de l’aviation civile (Aitat) ne publie un rapport dans lequel elle admettait que l’Aitat n’avait encore pu parler ni aux responsables de circulation ni aux conducteurs de train (celui de l’AVE faisant partie des disparus et son partenaire stagiaire, décédé), les « personnes impliquées en première ligne », puisqu’ils ne sont pas « en mesure de se soumettre à des entretiens » et que « pour l’instant, étant donné qu’ils en sont à un stade précoce, toutes les hypothèses concernant les causes et les facteurs potentiels qui ont pu influencer l’événement sont ouvertes et aucune explication ne peut être aventurée au-delà des données constatées ». Ce vendredi, Oscar Puente, lors d’une autre audition, a réaffirmé qu’il signalait une « défaillance » du centre de contrôle de commandement d’Adif4 tout en défendant la fiabilité du système de sécurité LZB5.
Les réponses aux déclarations du ministre des Transports ne se sont pas fait attendre. La CGT a rejeté une accusation préventive contre le personnel ; le syndicat des conducteurs de train (Semaf, Sindicato Español de Maquinistas y Ayudantes Ferroviarios) a souligné dans un communiqué « une irresponsabilité de se prononcer sur le moindre jugement » ; à son tour, dans des déclarations à la radio, le secrétaire général du syndicat des chemins de fer a également souligné « l’audace et l’irresponsabilité » de parler de défaillance humaine à peine deux heures après l’accident.
Les travailleurs et travailleuses ont averti que cela pouvait arriver
Avec l’hypothèse de la « défaillance humaine », le gouvernement entend détourner l’attention du fait que le système ferroviaire de l’État espagnol est maintenu avec du matériel endommagé ou obsolète, avec des réductions de personnel et avec un entretien sous-traité pour économiser des coûts. Parce que la ligne Madrid-Séville – inaugurée en 1992 avec le système de contrôle LZB (Linienzugbeeinflussung) – qui, selon les informations publiées, causait déjà depuis plusieurs jours des problèmes dans cette zone, avec des pannes dans les communications et dans les circuits des voies qui identifient les tronçons occupés par des trains. Et cette LZB devait être remplacée par des modèles plus avancés lorsqu’en 2021, Adif a attribué à Thales le renouvellement de la signalisation pour 93,8 millions d’euros en un peu plus de quatre ans. Cinq sont passés et depuis Adif, on dit que ces travaux sont dans leur phase finale.
Un accident qui s’est produit la veille de la grève déclenchée par les conducteurs de train de l’entreprise publique ferroviaire espagnole Renfe, au cours de laquelle ils ont dénoncé le fait que les engagements de sécurité signés après la grève de février, qu’ils ont pris après la tragédie d’Adamuz, n’ont toujours pas été respectés. Ainsi, alors que le gouvernement accuse les travailleurs, les conducteurs de train organisés, se battent pour des protocoles stricts et exécutoires face aux situations à risque, une réglementation claire pour coordonner les communications en cas d’incident sur la voie, plus d’embauches de conducteurs de train et des solutions pour la fiabilité du matériel.
Le système capitaliste et ses gouvernements sont responsables de cette tragédie
Avec les élections générales du 29 novembre en tête, le gouvernement doit éviter que l’on parle précisément de tous ces éléments, alors que la vérité est que ce gouvernement a suivi le processus de privatisation du système ferroviaire qui a commencé en 1990 et a été suivi par les gouvernements de tous bords politiques. Rappelons que c’est avec Pedro Sánchez que la libéralisation de la grande vitesse (2021) a eu lieu, provoquant chaque année une augmentation du nombre de trains circulant sur le réseau ferroviaire, ce qui entraîne une usure accrue des voies, sans que les investissements dans les travaux d’entretien n’aient été assimilés à cette augmentation. On estime qu’entre 2018 et 2022, l’État espagnol n’a consacré que 16 % des dépenses ferroviaires à l’entretien et à la maintenance du réseau existant, qui a été laissé aux mains d’entreprises sous-traitantes qui réalisent des profits plus élevés en employant une main-d’œuvre précarisée, alors que les propres données de l’Adif indiquent que le nombre de voyageurs ne cesse d’augmenter. En effet, c’est que les 84 % restants sont consacrés à de nouveaux travaux, irriguant les grandes entreprises de construction avec des dizaines de millions d’argent public. Mais ce débat sur les causes des privatisations du secteur et les profits des entreprises n’intéresse pas les Oscar Puente, Pedro Sánchez, Nuñez Feijóo ou Santiago Abascal qui sont en train de chercher comment instrumentaliser cette tragédie à des fins électorales. Nous ne l’entendrons pas non plus dans les médias, plus intéressés à propager des fausses informations. Il faut exiger que le gouvernement rende des comptes pour ne pas avoir respecté ce qui avait été convenu après la grève des conducteurs de train de février, et il faut rappeler que ce modèle ferroviaire sera aussi celui d’un hypothétique exécutif du PP (Parti populaire, droite) et de Vox (extrême droite).
La grève du 11 novembre pour des services publics à 100 % entre les mains des travailleurs
Parce qu’Urda, comme Adamuz, ne sont pas des accidents isolés mais le résultat de la logique capitaliste, qui transforme des services comme le transport ou la santé en entreprises dont ils tirent le maximum de profits. Tout cela sert à augmenter les profits, à réduire les investissements, au risque de mettre la vie des gens en danger. C’est pourquoi il est si nécessaire d’avoir des services publics de qualité, qui soient entre les mains de ceux qui les utilisent et les font fonctionner. La grève générale du 11 novembre est le meilleur cadre pour mettre également cette question au centre des débats, des discussions entre les travailleurs et travailleuses. Pourtant, les directions syndicales de la CCOO (Comisiones Obreras, menée par Unai Sordo) et de l’UGT (Unión General de Trabajadores, menée par Pepe Álvarez), ont été exhortées à faire profil bas pendant la durée du deuil officiel, montrant qu’elles ne veulent faire campagne qu’à la gauche institutionnelle et qu’elles n’envisagent pas en réalité d’arracher des mesures en matière des services publics, de logement ou de salaires.
Pour ce faire, il est nécessaire de doter les travailleurs et travailleuses d’une indépendance et auto-organisation qui leur permettent de revendiquer leur propre feuille de route avec leurs propres outils, afin de ne pas avoir à dépendre précisément des revirements de ces directions syndicales. Car en réalité seule la mise en mouvement collective de la classe ouvrière dans une grève sous ses propres intérêts et décisions est capable, par le rôle qu’elle joue dans la production, d’inverser cette logique criminelle du système capitaliste et de générer une nouvelle société communiste, qui place les intérêts de la majorité au-dessus des intérêts de quelques riches parasites qui vivent à nos dépens.
31 octobre 2026
1 AVE (Alta Velocidad Española) ; équivalent de TGV
2 Le premier opérateur privé de trains à grande vitesse en Espagne, lancé en novembre 2022
3 Réseau de trains de banlieue et de trains régionaux de la Catalogne
4 Administration des infrastructures ferroviaires
5 Dispositif de signalisation et de contrôle automatique des trains
