Avec le projet de loi de finances qu’il a présenté, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’en prend aux classes populaires tout en prétendant répartir équitablement l’effort pour redresser les comptes du pays qui croule sous le niveau d’une dette publique dont la charge est devenue le premier poste budgétaire, avec 64,8 milliards d’euros, contre 31 en 2010.

On nous rebat les oreilles du fait que nous serions « collectivement responsables » de cette dette. Ah bon ? On nous a demandé notre avis sur les 211 milliards qui financent les innombrables cadeaux que l’État fait aux riches avec l’argent des impôts ? On nous a demandé notre avis sur les 436 milliards d’euros sur 2024-2030 engagés pour la loi de programmation militaire ? Si encore l’argent emprunté par l’État sur les marchés financiers servait à financer les services publics, à remédier à l’état lamentable des hôpitaux publics, à y embaucher du personnel de santé, à embaucher des profs pour réduire les effectifs des classes. Mais non ! Cet argent emprunté aboutit toujours dans la poche des patrons – que ce soit directement par les subventions ou par le biais des commandes : les 436 milliards attribués à l’armée pour cinq ans finiront dans les caisses des Dassault et autres Thales.

Le gouvernement est sous la pression des marchés financiers qui se méfieraient de la France et augmentent leurs taux, comme on le fait pour des crédits à risque. Cette pression des marchés financiers revient en réalité à exiger de l’État qu’il réduise encore davantage la part des classes populaires dans le revenu national pour, mécaniquement, augmenter d’autant celle du capital.

La dette publique est un instrument essentiel du transfert des richesses vers la bourgeoisie : l’État agit en collecteur de fonds qu’il redistribue de multiples manières : directement aux banques auprès desquelles il a été contraint d’emprunter – c’est la fameuse « charge de la dette » –, mais aussi à la bourgeoisie en général par la redistribution des dividendes de ces banques, mais aussi par d’innombrables avantages – niches fiscales, exonérations et autres subventions. Ainsi, les intérêts de la dette publique sont payés quasi exclusivement par les classes populaires et constituent une sorte de dividendes perçus par les membres de la bourgeoisie au prorata de leur fortune : l’État bourgeois peut, de ce point de vue, être assimilé à une grosse société par actions qui rémunère ses actionnaires…

Le patronat se frotte donc les mains de la manne que l’accroissement de la charge de la dette annonce pour lui. Le gouvernement, de son côté, est bien content d’avoir une « bonne » raison de faire ce qu’il sait si bien faire : détrousser et pressurer les travailleurs.

Ce projet de budget est une déclaration de guerre faite au monde du travail. Nous n’aurons pas d’autre choix que de relever le gant si nous ne voulons pas gagner toujours moins et payer toujours plus.

 

 

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a présenté son projet de loi de finances (PLF) pour 2027 : 54 milliards d’économies, dont 43 milliards de mesures « nouvelles ». David Amiel, le ministre de l’Action et des Comptes publics est catégorique : « Il y a un effort général qui est demandé dans le budget. » Général, vraiment ? En tout cas, pas pour le budget des armées qui augmente de 11,2 % (+6,4 milliards d’euros), mais aussi ceux de la police, de la justice : il faut bien se préparer à réprimer ces pauvres que l’on compte tondre un peu plus ! Prendre aux plus pauvres pour arroser les plus riches, on se demande ce que la recette a de nouveau !

Passons en revue quelques-unes d’entre elles.

L’Éducation nationale

À l’heure où les lycéens clament dans la rue que les classes sont surchargées, que les profs ne sont pas remplacés, que la canicule de l’été dernier a montré l’état lamentable du bâti, Lecornu et son ministre de l’Éducation Geffray se veulent rassurants : le budget de l’Éducation sera en hausse de 1,2 milliard d’euros. « Le gouvernement ne fait pas d’économies sur la jeunesse », a-t-il déclaré. Ce n’est pas ce que ressentent élèves, parents et enseignants… et ce n’est pas ce que les chiffres confirment. Le budget de l’Éducation augmenterait de 1,9 %, quand la hausse des prix prévue en décembre 2026 est de 3,1 % en rythme annuel… Une hausse des prix qui n’est pas près de ralentir au vu de la facture d’énergie qui nous attend dans les mois qui viennent !

Dans le détail, sous prétexte d’une baisse démographique, 1 588 suppressions de postes d’enseignants sont prévues, dont 1 250 dans l’enseignement public, qui succèderont aux suppressions de 3 256 de 2026 et à toutes celles des années précédentes.

Quant au bâti… il suffit peut-être de rappeler que les 56 millions d’euros annoncés en pleine canicule pour la rénovation thermique des écoles ont été rabotées de 40 millions début septembre ! Et, là encore, ce n’est pas près de s’arranger puisque l’État a décidé une baisse des dotations aux collectivités territoriales – qui, justement, sont en charge de ce bâti des établissements scolaires.

Les retraités

Ministres et « économistes » se succèdent pour répéter ad nauseam que les retraités doivent contribuer au redressement des comptes publics : les retraités actuels ne sont-ils pas des privilégiés qui ont nagé dans l’aisance des « trente glorieuses » ? Alors, comment se fait-il que, dans le public comme dans le privé, les pensions médianes nettes sont plus faibles que les salaires médians11 ? Avec, il est vrai, moins de charges. En tout cas, la Drees (le service statistique ministériel dans les domaines de la santé et du social) explique : « Le niveau de vie médian des retraités est équivalent à celui de l’ensemble de la population. Le montant de leur pension est en moyenne moins élevé que les revenus des actifs, mais cela est contrebalancé par le fait qu’ils ont plus rarement des enfants à charge. »2

Mais les retraités ont moins de moyens de se défendre que les travailleurs en activité et cela permet donc à Lecornu de geler les pensions, malgré la hausse des prix. Les retraites étaient autrefois indexées sur les salaires. En les indexant sur la hausse officielle des prix3, les gouvernants avaient déjà provoqué un décrochage. D’autant plus marqué que les augmentations périodiques de la CSG et de la CRDS ont, dans bien des cas, annulé les maigres augmentations dues à l’indexation. Et voilà maintenant que les pensions seraient carrément bloquées !

Ah mais, nous dit Lecornu, pas pour les « petites » retraites : les pensions inférieures à 1 260 euros par mois continueront d’être indexées sur la hausse des prix. 1 260 euros brut ! Soit un net compris entre 1 150 et 1 200 euros. Ce sont donc les deux tiers des retraités qui verront leur pension gelée.

Le gouvernement a aussi décidé de plafonner la réduction de 10 % du revenu imposable à 3 000 euros au lieu de 4 439 euros, ce qui correspond à une pension de 2 500 euros brut, et aura donc un impact sur environ 13 % des retraités dont tous ne sont pas des « nantis » : 2 500 euros brut, cela représente un net autour de 2 275 euros avant impôt, mutuelle, etc.

La santé

La revue Alternatives économiques d’octobre explique : « Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale ne met pas directement à contribution les malades. Sauf que des décrets parus ces derniers mois s’en sont chargés ! » Elle explique que, l’an dernier, 600 millions ont été retirés du budget, non pas parce qu’ils n’auraient pas trouvé emploi, mais du fait de « l’annulation des crédits mis en réserve », autrement dit parce que le gouvernement avait décidé de serrer la vis. De plus, le gouvernement a bien l’intention de continuer à transférer une partie des dépenses de la sécurité sociale de l’assurance maladie vers les complémentaires santé. On parle tout de même de 1,2 milliard d’euros. Début juin, la ministre de la Santé avait annoncé l’augmentation du forfait restant à la charge des patients – avant de se rendre compte qu’en pleine canicule, alors que la situation des hôpitaux était une nouvelle fois tendue, le moment de l’annonce était mal choisi. C’est aussi par décret que le plafond des franchises et participations forfaitaires, qui n’avaient pas pu être imputées dans le budget de l’an dernier, ont été relevées en septembre, pour une économie de 300 millions d’euros. Toujours par décret, le gouvernement a décidé qu’à partir du 15 octobre, la durée maximale de versement des indemnités journalières pour les arrêts longue maladie passerait de trois ans à un an, en particulier pour les maladies qui ne sont pas prises en charge à 100 % par l’assurance-maladie.

Comme on le voit, non seulement aucune mesure n’est prise pour remédier à l’état lamentable de la santé, mais l’État continue à serrer la vis et à s’en prendre aux malades.

Les classes populaires

Le gouvernement ne s’attaque pas de front à l’ensemble des travailleurs en augmentant directement les prélèvements. Mais, en dehors du RSA et des allocations aux personnes âgées, aux adultes handicapées qui seront revalorisées, il gèle la prime d’activité, réduit une nouvelle fois l’aide au logement (APL), rabote les allocations familiales, réduit l’allocation de rentrée scolaire. Des prestations sociales indispensables à de nombreux travailleurs : elles avaient permis aux patrons de se dispenser d’augmenter les salaires. Les salaires n’augmentent toujours pas, mais la petite « compensation » représentée par ces prestations disparaît ! Ce qui illustre bien le fait que ce qui est nécessaire, ce sont de bons salaires et non des « prestations » qui tiennent de l’aumône et peuvent disparaître au gré des tours de vis gouvernementaux.

Le point d’indice – et donc les salaires hors promotions – de la fonction publique est gelé pour la troisième année consécutive. Le plafond des indemnités en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle est ramené à un peu plus de la moitié de ce qu’il est aujourd’hui (1,8 fois contre 3,3 fois le Smic)4. De plus, ils seraient taxés davantage par une augmentation de la CSG qui leur est appliquée.

Quant aux travailleurs immigrés, Lecornu n’a pas hésité à faire un clin d’œil à l’extrême droite en instaurant une amorce de « préférence nationale » : les travailleurs immigrés subiraient un délai de carence (un an) avant de pouvoir toucher certaines prestations sociales (APL, prestations familiales) pour lesquelles ils cotisent quand même !

Les capitalistes

Il paraît que les capitalistes eux aussi devront se serrer la ceinture… Cela mérite d’être regardé de plus près !

Lecornu a décidé de reconduire la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, mais en la réduisant à 5 milliards contre 7 l’an dernier. Le Medef pousse des cris de goret qu’on égorge, car il a aussi décidé de réduire les exonérations de cotisations sociales de 3,7 milliards… sur un total qui atteignait en 2025 près de 80 milliards d’euros (77,6 exactement). 3,7 sur 77,6. Car, à l’heure où l’on nous explique que les intérêts de la dette sont devenus le premier poste budgétaire de l’État avec 62,6 milliards d’euros, il est peut-être bon de rappeler que c’est l’État qui verse à la Sécu ces 77,6 milliards d’exonérations que ne payent pas les patrons ! Ce qui en ferait déjà le premier poste budgétaire… s’il n’y avait pire : en réalité, ce sont 211 milliards qui, en 2025, ont été offerts par l’État aux patrons, soit par des subventions directes – comme le crédit impôt recherche ou les compensations des exonérations de cotisations sociales –, soit par un manque à gagner pour l’État par les exonérations fiscales. Et cela ne prend pas en compte la baisse de l’impôt sur les sociétés que Macron a fait passer de 33,3 % en 2017 à 25 % depuis 2022.

Pour compenser ces menus désagréments pour les plus riches, Lecornu a prévu un allègement temporaire de la fiscalité sur les donations familiales, faisant passer le plafond non imposable de 31 865 euros (par tranche de quinze ans), à 50 000 euros. Temporaire, vraiment ? Les riches s’habituent si vite aux traitements de faveur…

Le savoir-faire des gouvernants tient à leur capacité à alimenter la pompe à fric qui puise dans nos poches pour déverser dans celle des plus riches. Il est quand même intéressant de voir ce que les capitalistes font du fric qui leur est ainsi offert… Ils prétendent que, sans les cadeaux que l’État leur fait sur notre dos, ils seraient contraints de mettre la clé sous la porte. Or, en 2025, la France s’est hissée sur la deuxième marche du podium des dividendes versés aux actionnaires avec 61 milliards d’euros distribués.

Lecornu est paraît-il à la recherche de 54 milliards d’euros ? Quand on vous dit que cet argent existe et est à prendre dans les caisses du patronat !

Jean-Jacques Franquier

 

 

1  La moitié des salariés est en dessous du salaire médian, l’autre moitié au-dessus.

2  Panoramas de la Drees – Social – Les retraités et les retraites, édition 2025.

3  En 1987 pour les pensions du secteur privé et en 2003 pour celles des fonctionnaires.

4  Le plafond des arrêts maladie a déjà été abaissé de 1,8 fois à 1,4 fois le Smic depuis le 1er avril 2025.