Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a présenté son budget. Mais les discussions qu’il a provoquées ont été rendues totalement inaudibles par l’irruption de la jeunesse dans un débat où ministres et députés ne l’attendaient pas ! En réclamant, entre autres, des moyens pour le bâti des établissements scolaires et pour disposer d’un nombre suffisant d’enseignants pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions, ils ont pris le contre-pied complet des mesures du gouvernement qui avait chichement augmenté le budget de l’enseignement de 1,9 %, moins que l’inflation attendue qui s’élèvera en rythme annuel à 3,1 % en décembre 2026.

Pour renflouer ses caisses, le gouvernement tape sur tous les travailleurs, en priorité les plus fragiles. À commencer par les retraités : désindexation des pensions de la hausse des prix ; suppression de l’abattement de 10 % pour les impôts.

Le gouvernement veut aussi réduire les APL, les allocations familiales, l’allocation de rentrée scolaire, les indemnités en cas d’arrêt longue maladie. Quant aux travailleurs immigrés, Lecornu n’a pas hésité à faire un clin d’œil à l’extrême droite en instaurant une amorce de « préférence nationale » : les travailleurs immigrés subiraient un délai de carence (un an) avant de pouvoir toucher certaines prestations sociales (APL, prestations familiales) pour lesquelles ils cotisent quand même !

Dans le domaine de la santé, les hôpitaux, à bout de souffle, continueront à se serrer la ceinture, tandis que le gouvernement veut augmenter le reste à charge des assurés et transférer une partie des remboursements vers les complémentaires santé.

À l’autre bout, Lecornu a certes maintenu la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, mais en la réduisant de 7 à 5 milliards. Il a aussi décidé de raboter un peu les exonérations de cotisations sociales : de 3,7 milliards… sur près de 80 milliards d’euros que l’État paye à la place des patrons. Il faut d’ailleurs rappeler que les subventions et autres ristournes fiscales coûtent pas moins de 211 milliards par an au budget de l’État ! Pour se faire pardonner d’avoir un tout petit peu taxé les patrons, Lecornu a prévu un allègement temporaire de la fiscalité sur les donations familiales. Temporaire, vraiment ? Les riches s’habituent si vite aux traitements de faveur !

Il est quand même intéressant de voir ce que les capitalistes font du fric qui leur est ainsi offert : en 2025, la France s’est hissée sur la deuxième marche du podium des dividendes versés aux actionnaires avec 61 milliards d’euros distribués. Quand on vous dit que cet argent existe et est à prendre dans les caisses du patronat !

Les parlementaires de la gauche institutionnelle débattent pour savoir s’il faut ou non censurer le gouvernement… Heureusement que la jeunesse ne les attend pas et est en train de rappeler à tout le monde que la meilleure censure, c’est celle des luttes et des manifestations.

Jean-Jacques Franquier