
Vendredi 2 octobre s’ouvre le procès de l’AP-HP qui, il y a un an, licenciait Majdouline B., infirmière à Paris, après des mois de pressions pour lui faire retirer le calot chirurgical qu’elle porte au travail. La mettant d’abord en cause au nom d’une prétendue atteinte à la laïcité, l’AP-HP a ensuite changé de justification, lui reprochant un manquement à l’hygiène. Un prétexte grossier, qui dissimule mal le fond raciste de la chasse aux calots. En janvier, le juge des référés avait annulé sa révocation, la jugeant disproportionnée, et condamné l’hôpital à la réintégrer. Au lieu de s’exécuter, l’AP-HP l’a sanctionnée à nouveau : huit mois de suspension sans salaire. L’affaire revient aujourd’hui devant le tribunal, pour être jugée sur le fond. Au-delà du cas de Majdouline, nombreuses sont les soignantes visées par ces pratiques, ce qui en dit long sur le racisme ambiant et sur l’urgence à riposter.
Un deux poids deux mesures, à peine voilé
Avec la venue du pape, le contraste ne pouvait être plus parlant. D’un côté, on bloque Paris pour une messe géante à la Concorde et des confessions de rue. L’AP-HP se faisant elle-même prosélyte en organisant la retransmission d’une messe à l’hôpital Corentin Celton, des photos du pape siglées AP-HP annonçant l’événement. De l’autre, on pourchasse des soignantes qui ont le malheur de porter un simple matériel de protection.
Polémiques incessantes sur les « prières de rue », le voile, etc. : le climat est tellement saturé de campagnes racistes qu’on en viendrait à croire qu’il est bel et bien interdit de manifester des convictions religieuses dans l’espace public, au travail, et puis pourquoi pas jusque sous la douche… Alors, pour la venue du pape, les médias se sont fendus d’un rappel à l’ordre : non la laïcité ce n’est pas l’interdiction de la religion dans l’espace public.
Mais tout dépend laquelle. Pour l’islam, ça commence à y ressembler : pour y interdire le voile et donner des prétextes à sanctions, les gouvernements successifs ont étendu la laïcité dans le service public et généralisé les « clauses de neutralité » dans le privé. Et la droite n’a pas attendu les dernières annonces du RN pour proposer des formes d’interdiction du voile dans l’espace public.
Non, un calot n’est pas un signe religieux. Et quand bien même ?
Lorsque des directions d’hôpitaux se permettent de présumer qu’un calot chirurgical est porté pour des raisons religieuses, en se fondant sur l’origine supposée ou le patronyme de soignantes, c’est raciste et discriminatoire. Sanctionner pour ça, c’est un abus de pouvoir patronal. Et généraliser ces pratiques, c’est contribuer à une politique de division raciste et islamophobe.
Et quand bien même des collègues porteraient des signes religieux ? N’y a-t-il pas d’autres urgences ? Le personnel hospitalier travaille jour et nuit, en sous-effectif et dans des conditions toujours plus difficiles. Les agents tiennent à bout de bras un hôpital exsangue, et font malgré tout face collectivement tous les jours dans les services.
Alors quel que soit le verdict du tribunal, on a déjà le nôtre : instrumentaliser la laïcité à des fins racistes, pour mieux humilier, diviser et affaiblir nos collectifs de travail, pile au moment où l’hôpital public subit une austérité sans précédent, c’est hors de question. S’attaquer à l’une d’entre nous, c’est s’attaquer à nous tous et toutes.
Correspondantes
Toute une section syndicale menacée d’exclusion pour avoir tenu bon
Manifestement, la défense des collègues visées par des telles sanctions ne va pas de soi. Pour avoir mené la bagarre, aux côtés de Majdouline B. et d’autres collègues, Blandine Chauvel, co-secrétaire de la section SUD de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a été exclue, alors même que les militants s’opposant à ce combat étaient eux laissés libres de continuer à propager des idées proches de l’extrême droite. Une décision condamnée par la direction nationale de SUD-Solidaires, qui a invité SUD AP-HP à la reconsidérer, sans effet à ce jour. Cette exclusion visait aussi à affaiblir la partie du syndicat qui s’oppose au cours de conciliation patronale pris par sa direction bureaucratique qui se vautre dans le dialogue social et voit ses permanents faire des aller-retours entre DRH et syndicat, en quête d’une carrière à la direction de l’AP-HP…
Dernière étape de cette purge : début septembre, ce n’est plus une militante mais toute la section de la Pitié-Salpêtrière qui était désormais menacée d’exclusion. La preuve que ce n’était pas le prétexte fallacieux de son engagement politique qui a motivé l’exclusion de Blandine (pauvre Charte d’Amiens, brandie pour « ne pas faire de politique », alors qu’elle prône justement l’expropriation capitaliste et la grève générale) mais bien la question de fond. Bien d’autres syndicats SUD ne s’y trompent pas : ils étaient plusieurs dizaines à voter, la semaine dernière au Conseil fédéral, une motion pour la réintégration de Blandine.