Photothèque Rouge / Copyright : Martin Noda / Hans Lucas.

À peine deux jours après les manifestations massives du 6 octobre, des dizaines de milliers de lycéens et étudiants sont à nouveau descendus dans la rue, et poursuivent leurs tentatives de structuration du mouvement.

Le gouvernement a peur de l’enracinement de la colère

Rien à faire, impossible de faire rentrer les lycéens en classe. Les temps de « démocratie participative » ne convainquent personne, ni les profs, ni les lycéens qui ne s’y rendent que pour en dégager la direction des établissements et les transformer en rassemblements (comme à Cachan ou à Sainte-Geneviève). Le bluff sur les « 3 000 professeurs réservistes » dépêchés en vitesse devant leurs élèves ne couvre pas les licenciements massifs de professeurs contractuels effectués en début d’année dans de nombreuses académies comme à Créteil. Il met aussi la lumière sur l’allocation désastreuse des « ressources pédagogiques » : des profs de maths enseigner en français ! Non, la colère ne se calme pas avec des miettes et nos revendications restent claires : Parcoursup, MonMaster et toutes leurs mesures de tri social raciste doivent dégager ! Halte au flicage, non aux lycées-casernes. L’argent alloué au budget militaire doit aller à l’éducation, aux hôpitaux, aux services essentiels à la population.

Le gouvernement sait que la jeunesse scolarisée peut entraîner de larges secteurs du monde du travail. Il a peur de la jonction qui pourrait s’opérer autour du 17 octobre, c’est pour ça qu’il déclare avoir pris des mesures permettant une baisse du prix de l’essence à la pompe de 18 centimes le litre – mais ça reste encore à voir !

Nous pouvons gagner, renforçons notre structuration à travers les assemblées générales !

Les manifestations sont très massives avec des centaines de milliers de jeunes dans la rue ces dernières semaines. Alors, pour organiser nos luttes, faire face aux lock-outs et aux cours en distanciel, le mouvement de jeunesse se structure dans des assemblées générales, qui réunissent des centaines voire des milliers de jeunes ou des regroupements interfac.

En réponse, on observe de plus en plus clairement les manœuvres de certaines organisations syndicales et politiques qui cherchent à se substituer aux assemblées générales. Ainsi, les rendez-vous de « négociations » avec le ministre de l’Éducation nationale ou le Premier ministre Lecornu se sont multipliés dans la semaine, bien que ceux-ci n’offrent « aucune garantie concrète ». Évidemment que le gouvernement n’a rien à offrir : pourquoi aller perdre du temps à lui parler, alors que des centaines de lycéennes et lycéens sont poursuivis en justice ou déjà condamnés ? La relaxe, l’abandon des poursuites et l’annulation des peines prononcées est une condition nécessaire à toute « ouverture du dialogue ». Qui a mandaté ces organisations à aller discuter avec le gouvernement – ce qui ne peut, à cette étape, que renforcer celui-ci ? Certainement pas les assemblées générales universitaires ou lycéennes ! Pourquoi passer par dessus les organes démocratiques de la mobilisation ?

Déjà jeudi dernier, l’intersyndicale d’Île-de-France a déposé un rassemblement concurrent à celui de la coordination lycéenne « Paris x banlieues » au départ de République. Les lycéens ont réussi à surmonter cette division du mouvement – qui n’est profitable qu’au gouvernement – en dirigeant leur manifestation en direction de Bastille.

Le lendemain, alors que l’assemblée générale Interfac IdF (dans la droite lignée des AGs de facs), réunissant plus de 1500 étudiants place de la République, annonce sa volonté de manifester sur Matignon au départ de l’Hôtel de Ville, l’intersyndicale dépose un parcours issu de place d’Italie… direction Invalides !

Derrière ces divisions sur les parcours de manifestation se cachent des divergences politiques importantes : qui doit diriger le mouvement ? Les syndicats pré-établis ou les cadres démocratiques issus de la lutte ? Les bureaucraties habituées à négocier ou les comités de mobilisation ?

Une fraction des lycéens et des étudiants comprend le danger, et s’organise. Les embryons de coordination locale se multiplient sur l’ensemble du territoire, jusqu’à la réunion de 200 lycéens issus de 71 établissements, 32 villes et 17 départements à Paris samedi 10 octobre. Ceux-ci ont décidé d’appeler à de nouvelles journées de mobilisation le 13 octobre, le 15 octobre ainsi qu’à rejoindre les manifestations du 17 octobre. Ils se retrouvent à nouveau pour une véritable coordination nationale lycéenne dimanche 18 octobre, avec des délégations élues du maximum de lycées du pays.

La banlieue influence Paname, Paname influence le monde

La colère lycéenne a contaminé non seulement la jeunesse étudiante en France, mais sa détermination entraîne dans la lutte de nombreux jeunes dans plusieurs pays européens : Belgique, Allemagne, Italie. En Allemagne, les lycéens se mobilisent déjà depuis des mois contre le service militaire XXL qui leur est imposé, avec près de 49 000 jeunes dans la rue le 25 septembre dernier. En Belgique et en Italie, les jeunes veulent « faire comme en France », car les conditions de vie et d’études sont similaires. Alors que le mouvement commence à se structurer nationalement en France il grandit aussi en Guyane, en Martinique ou encore à Mayotte. Cela fait déjà plus de deux ans que la « Gen Z » se révolte partout dans le monde. Du Bangladesh au Pérou, en passant par le Kenya et la Turquie, une génération montre la voie : on ne peut compter que sur nos luttes ! Il faut en finir avec le capitalisme pour contrer l’avenir de guerre et de misère qu’ils nous promettent !

Stefan Ino