
Des immenses cortèges du 17 octobre, les médias n’ont pas montré grand-chose, pour se concentrer sur les scènes de pillage à Paris, Lyon ou Marseille. La préfecture des Bouches-du-Rhône, incapable ou récalcitrante à donner un nombre de manifestants, estimait en revanche avoir dû faire face à « 30 000 pillards ». Rien que ça ! Et les commentateurs de s’empresser de dénoncer, derrière Macron et son gouvernement, l’alliance des « factieux issus de l’ultragauche » et « des racailles », qui auraient mis à sac entre 1 500 et 3 000 commerces en France.
Sans nier que de petits commerces aient été touchés, tous ceux qui pleurent les vitrines brisées et les rideaux sciés oublient de constater que les boutiques de luxe, magasins de fringues, d’électroménager, de cosmétique ou d’alimentation qui ont été la cible de vols d’opportunité, pour s’offrir ce qu’on ne peut pas s’acheter ou se faire un peu de fric en espérant revendre, n’ont pas été visés de façon totalement indiscriminée. Et sans qu’il s’agisse d’en faire une politique, on ne peut que constater que s’est exprimée dans cet élan une forme de revanche à prendre sur les inégalités et sur l’opulence ostentatoire des riches.
Et si les « pilleurs » s’en sont d’abord pris aux chaînes et aux marques de luxe, le petit commerce, celui dans lequel de petits patrons gagnent bien souvent un revenu inférieur au Smic, n’a pas attendu le 17 octobre pour subir de la casse ! Il est surtout étranglé par les banques, par la concurrence capitaliste elle-même, qui favorise les grosses chaînes au détriment des petits, et par un contexte général de contraction de la consommation lié à un appauvrissement de la population. Tandis que chez les gros, c’est la volonté de maintenir un certain niveau de rentabilité qui jette sur le carreau des milliers de salariés, plans sociaux après plans sociaux. Tous secteurs confondus, ce sont 24 000 emplois qui ont été perdus dans le commerce de détail depuis 2023 ! Un rapport du Sénat publié en juin signale que le taux de vacance commerciale, c’est-à-dire les commerces qui ferment sans être repris, est passé de 8,8 % en 2017 à 11,6 % en 2025.
Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le gouvernement annonce une batterie d’aide aux commerçants, petits… et gros : prise en charge à 100 % par l’État du chômage partiel, report de charges, prêts à taux zéro, fonds de soutien. Mais au-delà des pillages et des réponses sonnantes et trébuchantes, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour et président de la Fédération du commerce et de la distribution, et auto-proclamé défenseur du petit commerce sur les plateaux télé avec ses 91 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuels, s’inquiète surtout du climat social et du nécessaire « retour à l’ordre républicain » alors que s’ouvre une période habituellement propice à la consommation. Business as usual !
Ce qui se dit dans les rayons…
À l’approche du 24 octobre, les préparatifs de la part des directions (vigiles supplémentaires, révision des procédures d’évacuation et de confinement) sous couvert de parer à toute éventualité, alimentaient une certaine psychose chez une partie des collègues, qui pour la plupart voient d’un bon œil les mobilisations en cours, mais s’inquiètent un peu de savoir s’ils pourraient être la cible de pillages, même dans des zones commerciales éloignées des centre-villes.
Vendredi 23, un arrêté préfectoral exigeait de retirer de la vente les couteaux, cartouches et autres battes de baseball. À quand les arrêtés pour retirer de la vente gilets jaunes, cagoules et lunettes de piscine ?
Correspondante
