
Le 8 septembre, la direction du groupe Cofigeo (qui possède notamment les marques Panzani, William Saurin, Zapetti, Garbit, Raynal et Roquelaure) a annoncé la fermeture de l’usine historique de sa filiale William Saurin près de Lagny en Seine-et-Marne.
139 salariés, dont 108 ouvriers qui produisent notamment des conserves de cassoulet et de choucroute, sont menacés d’être mis à la porte, parfois des familles entières. Le jour de l’annonce, la direction avait placé 18 agents de sécurité devant les portes par crainte des réactions. Les ouvriers y ont depuis placé un WC avec l’inscription « PSE de merde ».

« Ce qui me révolte le plus, ce sont les mensonges »
L’usine (fondée par William Saurin dans les années 1920), bâti et machines, ont été consciencieusement laissés à l’abandon et la direction refuse d’investir 33 millions d’euros pour la rénover : un véritable programme de fermeture. La pluie tombe dans les bâtiments jusque sur les armoires électriques : « L’eau, elle rentre, mais les odeurs, elles sortent », ironise un salarié. La direction prétend aussi qu’il y aurait une baisse d’activité du site, mais aux salariés elle disait que tout allait bien à peine une semaine plus tôt. « Ce qui me révolte le plus, dit un délégué syndical, ce sont les mensonges ! » Une « baisse d’activité » bien artificielle en effet : car une partie de la production a été attribuée à d’autres sites récemment, quant au chiffre d’affaires du groupe Cofigeo, il est passé de 130 millions d’euros en 2018 à 330 millions en 2025.
Pas de grève, mais c’est tout comme…
180 000 boîtes par jour sortent habituellement des trois lignes de production, mais depuis le 8 septembre, il n’y en a plus que 2 000 par jour : « zéro cette semaine ! » rectifie fièrement un ouvrier.
Les salariés ne sont pas en grève mais, solidaires (« Ici on est une famille ! »), ils ont imposé à la direction des temps de parole, justifiés par le choc de l’annonce, dont chacun peut disposer quand il le souhaite, y compris dehors, tant pis si ça arrête la chaîne. « Abandon de poste ? » menace la direction : « Non, tout le monde est à son poste ! » répondent les ouvriers… Mais presque rien ne sort ! La direction veut que la production reprenne, y compris en faisant miroiter des « primes » qui ne serviront, nous dit un délégué, qu’à « harceler les ouvriers et pourrir l’ambiance : pas question ! ». Beaucoup sont conscients que tout zèle ne servira désormais qu’à financer leur propre licenciement, dans le cadre du PSE annoncé.
La revendication est claire : « Non à la fermeture ! »
« Ici c’est pas “Sauver Willy”, c’est sauver William Saurin ! Et la baleine… c’est Cofigeo ! », dit un ancien qui explique : « Dans cette usine on était 1 400 dans les années 1980-90, plus que 600 en 2007, 400 en 2018 et 140 aujourd’hui… » William Saurin a été vendu et racheté quatre fois depuis les années 1990, l’État a subventionné plusieurs fois à coups de dizaines de millions : chaque revente a été une occasion de tailler dans les effectifs et d’augmenter les gains de productivité. Les ouvriers de l’usine (où la moyenne d’âge est de plus 50 ans) savent bien qu’il sera très difficile pour eux de retrouver du travail, surtout dans la région. Selon l’un d’eux, s’il y avait des garanties sur l’emploi et les salaires, tout pourrait se discuter, mais personne ne veut de formations bidon et autres aides à l’accompagnement… du chômage.
Vendre chèrement sa peau, se montrer partout où c’est possible
Alors les ouvriers de William Saurin sont déterminés à vendre chèrement leur peau. Ils se déplacent à des rassemblements de soignants, veulent prendre contact dans la mesure du possible avec d’autres entreprises menacées (au moment où Stellantis Poissy et Renault Flins menacent de fermer et où Sodexo menace plus d’un millier d’emplois dans la restauration collective…). Et ils comptent se montrer à toutes les occasions, le 29 septembre lors de la journée d’action interprofessionnelle ou à d’autres échéances en octobre. Un délégué CGT annonce : « Tu vois dans le Titanic, il y avait des canoés (de sauvetage), d’abord pour les riches, eh ben t’en fais pas que nous les riches on les mettra à l’eau ! »
Léo Baserli