
Les mercredi 14, jeudi 15 et vendredi 16 octobre auront été des journées particulièrement violentes en Seine-Saint-Denis.
À La Courneuve, c’est carrément chez elle que les flics vont arrêter une élève. L’intersyndicale dénonce le « harcèlement policier » contre les lycéens mobilisés, alors que le lundi précédent, le 12 octobre, trois élèves avaient déjà été arrêtés sur le chemin du lycée, et placés en garde à vue.
À Saint-Denis, ce sont des images hallucinantes de flics pénétrant dans l’établissement, à l’appel du chef, pour arrêter un élève. Heureusement, la mobilisation des profs qui se massent et font une chaîne pour protéger l’élève ont permis d’empêcher son interpellation, mais des collègues ont été violentés, un prof pris à la gorge par un des flics. L’intersyndicale du lycée dénonce ces agissements et appelle à la démission du chef d’établissement.
À Aubervilliers, c’est un prof qui est embarqué pour avoir voulu protéger un élève victime de violences policières. La mobilisation des collègues devant le commissariat a permis d’obtenir sa libération rapide.
Ce déchaînement de violence montre que le pouvoir est inquiet. Le 16 octobre, au tribunal de Bobigny, c’étaient au total 30 mineurs qui étaient déferrés, arrêtés sur des blocus de lycée. Cela n’a pas empêché des centaines de lycéens du département à venir à la manifestation à Paris le lendemain.
Face au harcèlement policier, une belle démonstration de solidarité au lycée Jacques-Brel de La Courneuve
Le mercredi 14 au soir, vers 20 heures, les profs du lycée Jacques-Brel de La Courneuve sont alertés par des élèves : « M*** a été arrêtée chez elle et embarquée au commissariat. » Rapidement, les profs contactent la famille, encore sous le choc : vers 19 heures, sept flics ont débarqué au domicile de l’élève, retourné l’appartement, en présence de la mère et de la petite sœur de 9 ans. L’élève est menottée sous les yeux de sa famille et emmenée au commissariat.
Immédiatement, parents, lycéens et personnel de l’établissement se mobilisent : un rassemblement est organisé le lendemain devant le commissariat. Ils apprennent alors qu’un autre élève de l’établissement, arrêté la veille sur le blocus, est encore en garde à vue, mais également quatre autres mineurs, dont l’établissement de scolarisation n’est pas connu. À force d’enquête, les profs retrouvent l’établissement de scolarisation d’un des autres mineurs pour pouvoir lui faire désigner une avocate et fournir des témoignages des profs de son établissement.
Après une prolongation de 24 heures de garde à vue, les mineurs sont déferrés au tribunal de Bobigny. Les profs, les familles et les lycéens maintiennent leur mobilisation de solidarité : un rassemblement est organisé dans l’urgence devant le tribunal de Bobigny. Les élèves mineurs doivent être auditionnés par le procureur et par un juge pour enfants, en présence des parents et de leur avocat.
Après plus de huit heures d’attente sur le parvis, les deux élèves du lycée finissent par ressortir, accueillis par les hourras de leurs camarades et de leurs parents. Des photos sont prises avec les profs venus en soutien. « C’est les ténèbres » devient le slogan de joie de cette liberté retrouvée.
Les deux élèves du lycée sont convoqués en mars, l’une pour « détention d’armes », l’autre pour « dégradations ». Comme le dit une collègue de l’établissement : « On parle de détentions d’armes pour nos élèves qui se mobilisent, par contre il ne faut pas parler d’armes de guerre quant à l’équipement mutilant de la police ! »
Correspondant
