Le 17 octobre a mis dans la rue des grappes de collègues qui ne sont pas habituellement mobilisés. Beaucoup exprimaient leur soutien à la mobilisation, parfois leurs hésitations à y venir et, parmi ceux qui venaient, quelques-uns étaient conscients du risque de répression.
Ils n’ont pas été déçus ! Se faire gazer avant même le début de la manifestation, et ensuite tout du long, ça a bien sûr choqué et énervé les collègues, qui pour beaucoup ont fini par quitter la manifestation. Dès le lundi, ceux qui n’y étaient pas s’interrogeaient : « Ça a vraiment gazé dès le début ? » La violence de la répression a choqué. Ce qui choquait plus encore, c’est qu’elle leur semblait aveugle, frappant indistinctement les manifestants les plus paisibles et les « casseurs », voire ne s’en prenant vraiment qu’aux premiers et laissant le champ libre aux autres. Discours partagé par les collègues présents à la manif et par ceux qui n’ont vu que les images du JT et les images de pillages sur les réseaux sociaux.
Si tous condamnent les pillages, certains le font quand même avec une certaine forme de tri, même si les critères différaient d’un collègue à l’autre. Petit florilège : de l’alimentaire, pourquoi pas, mais des produits de luxe ou des motos, non. On ne va pas pleurer pour Louis Vuitton et Apple mais pour les petits commerçants c’est dur. Casser un Decathlon, c’est menacer les emplois.
Mais dans l’ensemble, la casse et les pillages sont condamnés et beaucoup traitaient en héros ceux qu’ils avaient vus en vidéo défendre des magasins. Plus préoccupant, des collègues ont dressé le « profil type » du pilleur, nourri par le racisme ambiant. Entre celui qui déclare avoir vu tous les rayons d’un magasin pillé, sauf le rayon jambon, mais qui se défend d’être raciste, ceux qui expliquent que les produits pillés ont fini dans les cités et les quelques-uns qui attaquent les gitans, le racisme porté par les médias alimente beaucoup de discussions.
Alors bien sûr, tout ça ne pourrit pas toutes les têtes, et ce discours est moins présent dans le milieu syndical et de gauche, peut-être pas complètement absent non plus. Mais, motif d’optimisme, si certains sont refroidis par la répression et les pillages, ça n’en a pas empêché d’autres de venir ou de revenir en manif le 24 !
Correspondant
