L’irruption des étudiants dans la mobilisation initiée par les lycéens a rapidement amené le gouvernement à appliquer aux universités ce qu’il imposait aux lycées : des fermetures administratives. De Rennes à Strasbourg en passant par Nantes et Bordeaux, les étudiants mobilisés se sont naturellement regroupés en « interfacs » pour définir les objectifs de leur mouvement et briser l’isolement.

À Paris, Lille et Lyon, ces assemblées générales interfacs se sont dotées de comités de mobilisation à même de rythmer la lutte, notamment en appelant à des manifestations, élisant des services d’ordre, voire des porte-paroles pour occuper l’espace médiatique (comme à Lyon). En Île-de-France, le rapport de force engagé par l’interfac avec la préfecture – mais aussi de l’intersyndicale – concernant les parcours de manifestations, lui a permis d’apparaître comme une véritable force politique à prendre en compte dans la mobilisation – certains membres du comité de mobilisation de l’interfac intervenant maintenant fréquemment dans les médias, comme Coppélia Moreau et Mathis Aversenq.

Réunie pour la première fois à Grenoble le 18 octobre avec 34 délégations élues et 11 observatrices issues de l’ensemble du territoire, la coordination nationale étudiante va tenir sa deuxième échéance le week-end des 31 octobre et 1er novembre. Elle est l’expression d’étudiants mobilisés qui cherchent à se donner des perspectives, à se coordonner pour faire face aux lock-out, à la répression et à amplifier la mobilisation sur les campus. Alors que les syndicats étudiants et lycéens négocient matin midi et soir avec le gouvernement, revendiquent un prétendu leadership sur le mouvement, la CNE permet d’être l’expression de ceux qui font vraiment ce mouvement – et ceux-là ne souhaitent ni des négociations ni des miettes !

La CNE a déjà réussi à impulser des manifestations dans une quinzaine de villes étudiantes le 22 octobre, malgré les interdictions de manifester. Elle se prépare à faire de même le 3 novembre, afin de rendre visible la force de la mobilisation étudiante à la sortie des vacances, pour convaincre les travailleurs encore hésitants à se jeter dans la mêlée. Malgré les tentatives de l’intersyndicale de contourner ces cadres auto-organisés (comme ce fut le cas avec l’interfacs parisienne) la CNE appelle à rejoindre l’appel du 5 novembre à la grève générale, une date qui sera l’occasion pour des milliers de travailleurs de se joindre aux étudiants.

Sans ces embryons de coordinations, aucun autre agenda ne peut exister si ce n’est celui de l’intersyndicale. La CNE a beau n’en être encore qu’à ses premiers pas – le mouvement étudiant lui-même doit encore se développer dans les facs –, même si elle s’est dotée d’un comité de mobilisation national, avec des réseaux sociaux et une caisse de grève, elle doit se tenir prête à proposer une politique alternative, qui soit entre autres indépendante d’éventuelles manœuvres de l’intersyndicale. Ce sera le meilleur moyen d’éviter que l’explosion de la jeunesse soit canalisée par les appareils syndicaux et électoralistes de gauche, et le meilleur moyen que celle-ci puisse ouvrir des perspectives au monde du travail.