
La mobilisation dans la jeunesse a tout de suite fait discuter sur les lieux de travail et a percuté parfois des préjugés anti-jeunes, et en fait anti-pauvres, voire racistes, encouragés à grand renfort de matraquage à la télé et de prises de position d’une partie des politiciens qui ne parlaient que de la « violence » des jeunes. Et pour cause, cette mobilisation lycéenne et bientôt étudiante a commencé dans les régions et banlieues les plus pauvres, là où les services publics se dégradent, avec le pouvoir d’achat.
Oui, il y a eu ceux, au début, qui se disaient d’accord avec la répression policière, fustigeant les prétendus « caprices » des jeunes « qui ne veulent pas se lever tôt » et la « génération fainéante ». À Dassault Bordeaux, la sympathie envers la mobilisation s’exprimait pourtant, entrecoupées parfois de « blagues » sur « les jeunes qui se mobilisent sans trop savoir pourquoi ».
Pourtant, si certains parlent de violence des « casseurs », d’autres accusent les violences policières, pour les avoir vues sur leurs propres enfants. Au centre d’ingénierie de STMicroelectronics Grenoble, un collègue « pas du tout de gauche » relevait « que la police se défoulait sur les lycéens et comprenait que les enseignants soient en grève avec les élèves ». Un ouvrier de Stellantis Mulhouse note : « Ça permet aussi de discuter du manque d’avenir des jeunes, qu’il y a beaucoup de violences policières et de provocations » et ajoute à propos des jeunes : « quand je prends leur défense, presque tout de suite je convaincs, tant la méfiance envers le gouvernement, la police et les médias est également ancrée dans les esprits ».
Un cheminot de Lille explique que chez des collègues parents des élèves mobilisés des lycées les plus populaires « le soutien est beaucoup plus fort : “Ils touchent aux enfants, ils vont trop loin.” » Tir de grenade à bout portant à Saint-Ouen-l’Aumône (largement commenté à l’usine toute proche de Stellantis Poissy), main arrachée à Lens, lycéen presque noyé ailleurs, parents d’élèves menacés par le préfet des Hauts-de-Seine, ça a beaucoup choqué.
Avant et après les journées des 6 et 8 octobre
La capacité des jeunes à tenir face à la répression et à se montrer nombreux semble l’avoir emporté dans l’opinion. Le fait que des mouvements lycéens s’étendent à l’étranger impressionne. Si des gens se disent contre ce qu’ils jugent être les « moyens » de la mobilisation, tout le monde se dit d’accord avec les revendications : plus de moyens dans l’éducation et dans les services publics, des bâtiments qui permettent d’étudier dans des conditions acceptables, le retrait des modes de sélection et de discrimination de Parcoursup… La journée du 6 octobre (450 000 manifestants en France) et celle du 8, où les lycéens ont défilé derrière leurs propres appels malgré la répression semble avoir fait grande impression. Un postier de Lille raconte : « Si la semaine dernière les discussions sur les casseurs dominaient, cette semaine c’est plus mesuré. Les collègues sympathisants du mouvement des jeunes le disent à haute voix, ce qui équilibre un peu. La répression choque. Le lycéen qui a perdu sa main à Lens a ouvert la parole sur les autres mutilations de la police. »
Car le mouvement des jeunes est de nature à faire sauter bien des barrières, un salarié de Renault Lardy le dit en ces termes : « Tout ça est extrêmement mouvant. Il y a des réactions positives de collègues qui voient bien que la période est propice à faire vaciller le gouvernement. » Dans beaucoup d’entreprises, la mobilisation lycéenne a ouvert la porte à bien des discussions, la mobilisation de la jeunesse qui explose dans d’autres pays montre le malaise général. Et rejoindre les jeunes est aussi dans les têtes puisque beaucoup parlent du 17 octobre.
Léo Baserli
