Deux semaines après le succès tonitruant de l’extrême droite aux élections régionales en Saxe-Anhalt, qui est passée à peu d’une majorité absolue, deux nouvelles élections régionales dimanche 20 septembre mettent le gouvernement fédéral du chancelier Merz en difficulté.

À Berlin, Die Linke, parti pour gouverner

Aux élections berlinoises, le parti de « gauche radicale », Die Linke, a dépassé les prévisions et finit largement en tête avec près de 26 % des voix, devant les chrétiens-démocrates de la CDU (18 %) et l’extrême-droite (16 %). Une progression spectaculaire pour cette gauche, après une campagne axée autour des loyers, de la gestion des déchets et des transports, calquée sur l’exemple de Zohran Mamdani à New York. Du porte à porte à caractère social. Le résultat a provoqué une explosion de joie dans les milieux de gauche, et au-delà dans un milieu populaire notamment immigré, soulagé que soit « dégagé » le maire conservateur. Ce dernier avait été l’artisan d’un tour de vis sécuritaire, en particulier concernant la Palestine, et il avait perdu toute crédibilité après une coupure de courant massive en plein hiver – attribué au sabotage d’un groupe technophobe. Pendant que des milliers de Berlinois manquaient de crever de froid, lui jouait au tennis.

Hargne et calomnies à droite

Dans les médias, dès le lendemain du vote du 20 septembre, une campagne de propagande contre Die Linke s’est déchaînée. Antisémite, apologiste du régime stalinien de la RDA, voilà pour les insultes les plus classiques. D’autres se sont dépêchés de dénicher des sondages pour prouver qu’une (courte) majorité des Berlinois était opposée à l’expropriation (contre dédommagement) des grands groupes immobiliers, revendication phare de Die Linke, depuis un référendum en 2023 sur lequel la maire sociale-démocrate s’était assise. Mais les médias se sont surtout jetés sur la présence d’un membre d’un clan criminel libanais ainsi que d’un militant du FPLP à la fête électorale pour crier au danger « islamo-socialiste ». Pour le best of : un lobbyiste patronal explique que « les jeunes femmes de Berlin ont voté pour le califat ». La tête de file de l’AfD, Alice Weidel, parle de son côté « d’une alliance de gauche radicale qui veut tuer les riches » et l’un des chefs de la maison d’édition Axel Springer du « retour de la RDA – cette fois avec des islamo-fascistes arabes ».

Et Die Linke, pourtant pas si radicale !

La candidate et très probable prochaine maire Elif Eralp – une seule possibilité de coalition hors de Die Linke existe, avec une très courte majorité –, a montré patte blanche ces dernières semaines, se distançant des groupes locaux trop actifs dans le mouvement de solidarité à la Palestine et nuançant les modalités et l’extension d’une éventuelle expropriation (même si elle s’est sentie forcée de réaffirmer la volonté d’aller au bout de ce projet le soir de l’élection). Et Die Linke est loin d’être novice en matière de participation gouvernementale à Berlin, même si le parti n’a jamais occupé directement la mairie : il a fait partie de trois gouvernements sur cinq depuis 1990, de manière quasi continue entre 2001 et 2023. Des participations gouvernementales avec leur lot de lois dégueulasses et de mesures d’austérité contre les services publics. Une grande partie de l’électorat de Die Linke, qui approche les 50 % chez les moins de 25 ans, n’a pas activement vécu ces épisodes (et désillusions !) mais risque de déchanter face à la réalité de la gauche gouvernementale, fut-elle radicale.

Mecklembourg : défaite historique des chrétiens-démocrates

Le même jour, les élections dans le Mecklembourg-Vorpommern, dans le nord-est du pays, ont vu l’extrême droite s’imposer avec 37 % devant les sociaux-démocrates (35 %). La candidate de ces derniers, première ministre-présidente sortante, s’était par le passé entre autres distinguée par une opposition à la fin de l’exploitation du pipeline NorthStream II. Dans cette dernière campagne, elle s’est placée comme « la femme contre le bleu [de l’AfD] », mais surtout s’est désolidarisée du programme de réformes anti-sociales porté par le gouvernement fédéral auquel pourtant son parti participe. Car les élections ont radicalement sanctionné cette politique, comme l’a montré le coup de tonnerre en fin de soirée : pour la première fois de son histoire, la CDU échoue à passer la barre des 5 % et se trouve éjectée du parlement régional, après s’être effondrée (−8 %).

Cela dit, les deux élections confirment la progression électorale de l’extrême droite (+21 % au Mecklembourg, +7 % à Berlin), y compris dans les milieux ouvriers et en particulier dans les espaces délaissés, frappés par la désindustrialisation, comme le Mecklembourg, particulièrement touché par l’exode suite à la chute du mur, suivi par la disparition de services publics, de petits commerces et d’infrastructures.

Crise parlementaire ou « octobre rouge »

Mais le résultat de ces deux élections exacerbe la crise du gouvernement de Merz, honni par la population (peu avant les élections, sa cote de popularité avait chuté à 10 %). Ayant un moment joué avec l’idée de poser la « question de confiance » au Parlement pour réaffirmer sa légitimité, il a finalement exclu cette issue – qui pourrait mener à des élections anticipées. Provisoirement du moins. Le lendemain du vote, des informations fuitaient sur une réunion de la quasi-totalité des Premiers ministres conservateurs, sans Merz, signe que son parti réfléchit peut-être déjà à des « plans b ». À noter qu’à l’exception du SPD du Mecklembourg, le vote a de fait lourdement sanctionné tous les partis de la coalition gouvernementale fédérale.

Mobilisation dans la jeunesse en vue

Les paniques politiciennes et sondages d’opinion ne sont heureusement pas la vraie vie. Le 25 septembre, une nouvelle date de grève lycéenne contre le service militaire et la militarisation est appelée, la quatrième, qui pourrait encore mobiliser des dizaines de milliers de jeunes à travers le pays. De son côté, le lendemain même de l’élection, l’IG Metall appelait à la grève dans la métallurgie, notamment chez Mercedes, et organisait des rassemblements dans tout le pays devant les usines – 20 000 par exemple devant Mercedes Sindelfingen (dans la région de Stuttgart) – auxquels plus de 100 000 personnes ont participé. Les grèves dans la santé, notamment dans le plus grand hôpital du pays, la Charité à Berlin, vont continuer. Et la gauche syndicale et politique appelle à manifester contre les réformes et mesures d’austérité de Merz, en appelant à un « automne chaud ».

Il ne faudrait évidemment pas se leurrer sur la politique de l’IG Metall. Les dirigeants de ce syndicat de la métallurgie viennent de négocier un accord avec Volkswagen, sans une seconde de grève ou de consultation des salariés, qui présente comme un succès d’« obtenir » que « seulement » 50 000 suppressions de postes aient lieu. Contre, entre autres promesses vides, la transformation d’une usine en fabrication d’armement en joint-venture avec des fabricants israéliens. Mais la colère couve, et Merz pourrait se retrouver face à des problèmes d’une tout autre ampleur qu’un fiasco électoral…

Dima Rüger, 22 septembre 2026
 

 


 

 

Les révolutionnaires dans la campagne

Pendant que de nombreuses organisations d’extrême gauche ont milité pour le succès de Die Linke, en s’y affiliant depuis son renouveau des dernières années, nos camarades du RSO (Organisation socialiste révolutionnaire) ont mené une campagne indépendante, ouvertement révolutionnaire, dans la circonscription de Tempelhof-Schöneberg à Berlin. Par leurs affiches, du porte-à-porte, des diffusions de tracts à la sortie des métros, des usines et dans les cités populaires, nos camarades se sont adressés directement aux travailleurs et travailleuses de la circonscription, mais aussi se sont fait le relais des luttes, ce qui a été visible lors du rassemblement de fin de campagne, où ont pris la parole – outre les candidats – une gréviste de l’hôpital de la Charité, une lycéenne du mouvement contre la militarisation, des représentants de « parents d’élèves contre le service militaire » et du mouvement de solidarité pour la Palestine. Une campagne réussie, à l’issue de laquelle 323 électeurs ont donné leur voix « pour un monde sans guerre, ni crises, ni exploitation » !