Blocage de la route entre Idlib et Alep au nord du Pays

Le 12 septembre, le ministère de l’Énergie du nouveau gouvernement syrien a publié la grille des carburants et du gaz syrien comprenant une hausse des prix de 40 %. Le prix du diesel augmente de 50 nouvelles livres syriennes, soit passe l’équivalent de 80 centimes à 1,15 euro. Cette augmentation brutale, dans un pays qui sort de quinze ans de guerre civile et où le salaire minimum est de 86 euros par mois, a entraîné les manifestations les plus importantes dans le pays depuis la chute de Bachar el-Assad.

Pourquoi une augmentation si brutale et soudaine dans un pays producteur de pétrole ?

Lorsque Bachar el-Assad a accédé au pouvoir au début des années 2000, la Syrie produisait 600 000 barils par jour. En 2026, le pays n’en produit plus que 102 000. Notamment parce qu’une partie des installations ont été détruites et n’ont pas été rénovées, mais également parce que les capitalistes turcs ont mis la main sur certaines installations, notamment dans le Nord-Est syrien. Avec des besoins estimés au minimum à 300 000 barils par jours, la Syrie est obligée d’importer les deux tiers de son pétrole, notamment de Russie1. Dépendant de ces importations, la population syrienne subit violemment les conséquences de l’agression impérialiste menée par les États-Unis sur l’Iran.

De plus, les travailleurs de Syrie font face à un régime syrien s’attaquant directement à ses conditions de vie, notamment en libéralisant l’économie et licenciant de nombreux fonctionnaires, mais également en supprimant le système de subventions héritées du régime baassiste. Depuis plusieurs mois déjà, les hausses de prix de l’électricité et de produits de première nécessité comme la farine, les légumes et la viande aggravent fortement les conditions de vie dans le pays. Malgré la politique de terreur menée par le gouvernement et ses alliés depuis mars 2025, aucun jour ne passe sans que des manifestations ou actes de colère éclatent spontanément à travers le pays. Jusqu’à cumuler dans l’explosion de la semaine dernière.

Une brèche populaire face au régime islamiste ?

Hassaké, Deir ez-Zor, Raqqa, la campagne d’Alep, Idlib, Daraa, Hama et d’autres régions ont été le théâtre de manifestations, de blocages de routes et de feux de pneus, tandis que certains chauffeurs se sont mis en grève pour protester contre le prix élevé du carburant. À Soueïda, les manifestants ont bloqué la route principale menant à Dames. Les manifestations n’étaient pas coordonnées politiquement : certaines se limitaient à des revendications économiques, d’autres se confrontaient directement au gouvernement en exigeant la démission du ministre de l’Énergie.

Le gouvernement syrien cherche à s’en sortir en expliquant que la hausse des prix n’est pas due au gouvernement mais à la crise énergétique causée par la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Mais une part croissante de la population constate que – malgré les cérémonies sur la « grandeur retrouvée » de la Syrie –, ses conditions de vie ont empiré. Au point que, même dans les populations arabes ayant souhaité la dissolution de l’AANES au profit du pouvoir HTS, on se rappelle « qu’au moins, on vivait mieux ». Quant aux forces kurdes liées au PYD ou YPG, leur intégration partielle au pouvoir en place participe à les compromettre auprès d’une partie de la population.

Les manifestations se sont affaiblies, le gouvernement s’est maintenu tout en remettant en place quelques subventions (notamment l’énergie). Mais la situation ne s’est pas améliorée et le gouvernement syrien dépend de l’aide financière de ses parrains internationaux (monarchies du Golfe et Turquie) pour maintenir son administration en place. Ceux-ci sont-ils prêts à allonger les aides ?

Malgré la violence du nouveau régime syrien, qui a massacré des milliers d’Alaouites en mars 2025 avant de s’en prendre aux Druzes en juillet 2025 et aux Kurdes en janvier 2026, les puissances impérialistes, États-Unis en tête, continuent de soutenir ouvertement Ahmed al-Charaa – notamment en retirant l’HTS de la liste des organisations terroristes – tant que celui-ci « maintient l’ordre » dans un pays ravagé et permet à ces mêmes impérialistes d’exploiter sa population2. Même si cet ordre contraint la majorité de la population à vivre dans la peur des enlèvements et des rançons ou de ne pas se nourrir convenablement.

Victor Igla et Stefan Ino

 

 

1  74 % de ses besoins en diesel et 81 % en essence.

2  TotalEnergies se positionnant par exemple pour construire un nouveau pipeline en Syrie pour acheminer le pétrole irakien à la Méditerranée.