
Extraits d’un entretien avec Lionel Crusoé, avocat avec lequel le NPA-R avait déjà combattu les arrêtés d’interdiction des manifestations contre le génocide en Palestine.
Couvre-feux et interdictions, une nouvelle étape dans la répression de ce mouvement, est-ce inédit ?
Premièrement, il y a un usage politique qui est fait de ces couvre-feux. Ils servent à mettre le mouvement de contestation sous cloche. C’était déjà le cas à l’époque du mouvement contre la réforme des retraites. Deuxièmement, l’État organise l’impossibilité de contester efficacement les arrêtés d’interdiction de manifestation qu’il prend. Encore hier soir [le 26 octobre 2026], le préfet a publié, en début de soirée (donc sans possibilité de saisir le juge), un arrêté interdisant, le soir même, un rassemblement à République à la suite de l’attentat de Trappes.
Quels liens entre couvre-feux et état d’urgence ?
Ils ont souvent été pris, après déclaration de l’état d’urgence, pendant la guerre de libération nationale en Algérie, ou plus récemment en novembre 2005 lors des révoltes urbaines ou en mai 2024 en Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Pour autant, ces mesures ne sont pas une spécificité de ce régime d’exception. Elles ont tendance à se banaliser.
Imposer un couvre-feu après un 17 octobre est particulièrement symbolique, peux-tu revenir sur le couvre-feu du 17 octobre 1961 ?
Cette date est en effet douloureusement symbolique, dans la mémoire du mouvement ouvrier et anticolonial. Une manifestation de travailleurs algériens qui avait défié un couvre-feu avait été réprimée par la police placée à Paris sous les ordres de Maurice Papon. On parle de plus de 200 morts.
On l’a vu, lors des blocages lycéens, 90 % des interpellations visaient des mineurs, près de 30 % le 17 octobre, quel sort est fait aux mineurs par la justice aujourd’hui ?
Pour les seules journées du 17 et du 24 octobre, on estime que le mouvement a donné lieu à près de 4 000 interpellations et 2 700 placements en garde à vue. 17 détentions provisoires ont été prononcées. C’est déjà le bilan le plus lourd jamais observé. Le pire est que le nombre de condamnations n’est, à ce stade, pas tout à fait quantifiable, faute de données statistiques sur le bilan pénal.
