Photothèque Rouge / Copyright : Martin Noda / Hans Lucas.

Dès le début du mouvement lycéen, ministres et responsables politiques réacs se sont précipités pour dénoncer les « violences » des jeunes. Lecornu n’a pas hésité à parler de « violences urbaines » et des médias complaisants ont, pendant des jours, montré en boucle des feux de poubelles, l’incendie d’un camion de pompiers ou les dégradations dans un lycée de Nantes ou de la banlieue de Bordeaux, faisant semblant d’y voir le comble de la dangerosité.

Quant aux violences policières, elles n’ont été vues que lorsque des vidéos tournées par des manifestants ou des passants sont devenues virales. Il est pourtant évident que, si les chefs d’établissements ne se dépêchaient pas de boucler les établissements, menaçant les élèves de sanctions, voire n’hésitant pas à s’impliquer physiquement, les jeunes en colère auraient plus facilement investi leurs établissements pour débattre, s’organiser, confectionner pancartes et banderoles. Il est surtout évident que les forces de police ont été envoyées au contact, et ont agi comme éléments provocateurs. Il ne s’agit pas de « bavures » individuelles, mais d’une politique délibérée. Il peut être utile de rappeler les propos d’un responsable de la police rapportés par l’universitaire Laurent Bonelli dans Le Monde diplomatique de janvier 2019 : « C’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi. »

La jeunesse des classes populaires ne porte pas la police dans son cœur : le comportement des flics dans les cités, abondamment documenté, suffit largement à l’expliquer. Et les lycéens ne sont pas près d’oublier les 6 000 interpellations, les mâchoires fracassées, les mains arrachées ! Que la colère des jeunes contre l’avenir bouché que leur offre cette société se traduise par des explosions de violence n’a donc rien de surprenant. De nombreux jeunes découvrent et expliquent que sans une certaine radicalité de leurs actions, disons-le sans une certaine violence, ils ne sont pas entendus. Beaucoup assument, même si certains regrettent quand « ça va trop loin ». Mais n’est-ce pas Friedrich Engels, appuyé par Karl Marx, qui a écrit sur « le rôle de la violence dans l’histoire » (moteur essentiel des changements sociaux) ?

Si ça tombe à l’oral du bac, les jeunes vont en savoir long !

J.-J. F.