
Le 30 septembre et le 1er octobre, un pré-accord qui avait été trouvé entre la direction d’Airbus et plusieurs organisations syndicales du groupe en Espagne a été mis au vote dans un grand référendum pour l’ensemble des 14 000 salariés en Espagne.
Tout ce qui a été gagné, c’est la grève qui l’a obtenu !
Avec 87 % de participation et plus de 76 % de votes favorables, c’est le « oui » qui l’emporte et qui vient entériner des améliorations réelles pour les travailleurs du groupe : 7,95 % d’augmentation sur quatre ans pour rattraper la perte du pouvoir d’achat, mais surtout le suivi de l’inflation sur les salaires pour la même période. Cet accord qui est maintenant « validé », était néanmoins dénoncé par les grévistes comme largement insuffisant (ils demandaient 18 % d’augmentation de salaire) et surtout, trop vague avec des formulations accordant une certaine liberté à la direction d’Airbus quant à l’application réelle de l’accord. Mais, contrairement à ce que tous les signataires claironnent, tout ce que la direction d’Airbus a lâché, même si c’est insuffisant, c’est uniquement la grève qui l’a gagné et non pas un quelconque dialogue social.
Mais ce ne sont pas les grévistes qui ont voté
De nombreux articles de presse s’empressent de titrer que « la grève est finie ». C’est peut-être aller vite en besogne, car ils oublient de préciser que ce pré-accord avait été trouvé entre la direction d’Airbus et les syndicats non-grévistes et que c’est l’ensemble des salariés du groupe qui ont voté et pas les seuls grévistes. Le résultat aurait pu être bien différent ! Le nombre important de « non », presque 2 500 votants est révélateur. Le référendum avait d’ailleurs été reporté d’une semaine, car la CGT a lancé une action en justice pour non-respect du droit de grève par Airbus. Le référendum sur l’accord qui, selon le droit du travail espagnol, aurait dû être négocié uniquement avec les grévistes, a pu se tenir grâce au coup de pouce de l’État espagnol qui a fermé les yeux devant la menace de délocalisation d’Airbus.
Préserver à tout prix la fin d’année
Au début du mois de septembre, la direction d’Airbus avait réussi à faire en sorte que la grève marque une pause, aidée dans ses manœuvres par les organisations syndicales à sa botte. Ce référendum validé par les salariés du groupe est la cerise sur le gâteau qui leur permet d’affirmer aujourd’hui que la grève est finie à un moment crucial. Les derniers mois de l’année sont en effet toujours critiques pour Airbus pour assurer les livraisons prévues. Les heures supplémentaires deviennent obligatoires et tout est subordonné à l’objectif de livraison.
La reprise du business as usual ?
Rien n’est moins sur, car le 12 septembre, quelques jours seulement après la mise en pause de la grève, il y avait 8 000 manifestants dans les rues de Madrid à l’appel des grévistes d’Airbus. Preuve que la colère était toujours là. Dans la manifestation, sur de nombreuses pancartes on pouvait lire le rejet de cet accord négocié dans le dos des grévistes. C’est sans aucun doute une victoire pour la direction d’Airbus que d’avoir réussi son tour de force en faisant valider son accord. Relancer le mouvement de grève après ça sera certainement beaucoup plus difficile, mais les 2 500 travailleurs du groupe qui ont voté contre n’ont peut-être pas dit leur dernier mot !
G. K.