Le rapport de la Cour des comptes sur « la gestion des ressources humaines d’EDF SA » publié mi-juillet avait fait grincer les dents des travailleurs. En ligne de mire : le « modèle social » d’EDF, à commencer par le tarif préférentiel de l’électricité (le « tarif agent »). La journée de grève du 15 septembre, appelée par l’intersyndicale en défense du statut des industries électriques et gazières (IEG) avait toutes les chances d’être très suivie.

Résultat : un taux de grévistes moyen qui dépasse les deux tiers dans l’ensemble des IEG (environ 100 000 grévistes) à l’échelle nationale, dans les centrales bien sûr, mais aussi dans les centres d’études et bureaux, qui ont connu des taux de grévistes massifs, bien au-delà des milieux syndicaux traditionnels.

Tous dénoncent la rengaine gouvernementale radotant que le tarif agent coûterait trop cher. En réalité, loin d’être un « avantage » au « coût démesuré », c’est un élément de rémunération que la direction d’EDF ne se prive pas de mettre en avant pour recruter à des salaires de base souvent inférieurs au reste du secteur privé. Ainsi, les plus bas salaires des grilles des IEG démarrent en dessous du Smic. Si les travailleurs ont bien montré qu’ils ne se laisseront pas faire, les directions syndicales de leur côté se sont bornées, comme souvent, à la défense du statut et aux mots d’ordres corporatistes.

Une première rencontre entre la ministre de l’Énergie et les syndicats a eu lieu le jour même. Bien que le gouvernement ne soit pas à l’aise devant l’ampleur de la grève et des jonctions possibles avec la journée de mobilisation du 29 septembre ou des appels à remettre son gilet jaune, on ne peut pas dire que la ministre ait vraiment répondu aux inquiétudes des travailleurs. Le gouvernement pourra néanmoins compter sur l’intersyndicale, CGT en tête, qui propose à tous ces travailleurs en lutte… d’attendre la prochaine réunion avec la ministre le 2 octobre.

Le débat sur l’énergie à la Fête de L’Humanité entre la patronne d’Engie et le secrétaire général de la FNME-CGT (fédération des mines et de l’énergie) donnait déjà le ton. En dehors d’une timide mention du 15 septembre au début du débat, la suite consistait à savoir qui a la meilleure politique industrielle, l’une défendant le marché européen, la CGT défendant un marché bien français contrôlé par l’État.

Malgré les chiffres de grévistes impressionnants, l’absence de tout cadre d’organisation un tant soit peu indépendant des directions syndicales leur laisse la mainmise pour organiser ou non la suite du mouvement.

Avec une telle effervescence autour du 15, il y aurait pourtant eu un enjeu à élargir les mots d’ordre plutôt que de rester sur la défensive. Il y a fort à parier que nombre de travailleurs des IEG se sentent solidaires de leurs nombreux collègues travaillant avec eux mais ne disposant pas du statut et du tarif agent. La revendication d’un élargissement du tarif agent à l’ensemble des travailleurs du secteur aurait pu être un premier pas vers la construction d’une mobilisation qui dépasse les seules IEG et un joli pied de nez à la Cour des comptes ; une façon aussi de commencer à poser plus largement la question de tous les revenus (salaires, retraites… au moment où, pour le prochain budget, les retraités sont dans la ligne de mire du gouvernement).

En attendant le 2 octobre, la grogne reste et certains voudraient donner des suites, à commencer par la journée du 29 septembre. Pour imposer les hausses de salaire, les moyens et les conditions de travail dont nous avons tous besoin, il sera nécessaire de tous s’y mettre. La jonction de ces mouvements sur des mots d’ordre communs serait salutaire et pourrait alors en appeler à d’autres !

Correspondant