Sur les lignes de fret ferroviaire de Normandie, entre le non-remplacement des collègues qui partent en retraite, les collègues en arrêt et ceux en congés, le personnel commence fortement à manquer. On se retrouve assez vite avec des journées complètement blindées avec du travail non-stop de la prise de service jusqu’à la fin de service et pas tout le temps de temps de pause entre les deux. De toutes façons sur le port de Rouen ou en pleine ligne, il n’existe pas de local de pause digne de ce nom pour souffler !

Mais le trop de travail n’est pas toujours en cause, c’est là le paradoxe. On peut se retrouver à passer une journée de travail sur un seul wagon au lieu de faire plusieurs trains : les vitesses de certaines voies ont été abaissées pour pallier le manque d’entretien régulier. On ne compte plus le nombre de voies tordues, de vibrations anormales ou de bruits étranges au passage de la locomotive sur certaines portions de rail. Et pourtant, le mot préféré des directions des entreprises ferroviaires c’est « sécurité ». Mais plus on avance, plus on se demande si c’est par souci de sécurité qu’ils le disent ou si c’est pour ne pas avoir à porter la responsabilité des accidents. À chaque incident, c’est une bataille entre les directions pour savoir qui est responsable et qui devra payer. C’est le résultat des logiques capitalistes à la recherche de la moindre petite économie pour se faire toujours plus d’argent ! Les Charles Puech d’Alissac, Frédéric Delorme ou Jean Castex et tous leurs homologues des entreprises du ferroviaire ont du sang sur les mains.

En attendant, les premiers à subir sont toujours les mêmes, agents de manœuvre ou conducteurs. Ce sont ceux sur le terrain qui font face aux conséquences du manque d’entretien, du manque d’embauche et des augmentations des cadences. Le droit de retrait massif exercé par les conducteurs de Caen le 23 septembre suite à la découverte d’une éclisse fêlée l’a bien illustré.

Correspondant