C’est ce qu’on peut lire sur des pancartes de lycéens et lycéennes. Ils ont la rage et crient « Tout le monde déteste la police », « On veut le bac et pas la BAC », « Le bac et pas la matraque », « Police partout, justice nulle part », « Moins de flics, plus de fric ». Les violences policières, ce sont ces fourgons de flics postés à 5h30 du matin près de lycées, dont des camions anti-émeutes ; des tirs de grenades en tous genres, qui ont crevé un œil, explosé une mâchoire, arraché une main ; ce sont aussi des clés d’étranglement de robocops sur des adolescentes de 15 ans, ou des voitures béliers lancées sur des groupes de jeunes. Les gouvernements se succèdent et se surpassent en répression. La nouvelle équipe de Macron et Lecornu, flanqués de Geffray à l’Éducation et Nuñez à l’Intérieur (chef des flics), décroche le record effarant de 6 877 jeunes placés en garde à vue, dont 86 % de moins de 18 ans (chiffres du ministre de la Justice, leur comparse Darmanin). Des jeunes de 14 à 17 ans ont été raflés par milliers devant leurs lycées ou en manifestations, embarqués pour des gardes à vue qui ne sont pas de simples contrôles d’identité mais des incarcérations de 24 heures ou plus au commissariat, et parfois des poursuites judiciaires arbitraires.

Violences féroces, comme le système capitaliste qui les engendre

Les autorités de l’État appellent ça « gestion du maintien de l’ordre »… Oui, mais de l’ordre établi d’une société de classe, pour qu’une minorité qui détient la propriété et la fortune continue à exploiter le travail de l’immense majorité des autres. Et gère aussi par la répression les oppressions qui en découlent. Depuis la fin du XIXe siècle, des polices ont été érigées et perfectionnées, municipales et nationales, avec des contingents toujours plus nombreux, des moyens matériels toujours plus sophistiqués. C’est contre des travailleurs en grève que les polices ont été lancées et ont tué. C’est contre les peuples colonisés, dont est issue une partie de la classe ouvrière française, que les forces de répression se sont acharnées, ajoutant le racisme à la violence physique. Pas un hasard si le RN est l’adepte le plus chaud d’une police raciste, Jean-Marie Le Pen ayant fait ses armes de tortionnaire en Algérie. D’où la détestation, chez les jeunes en lutte, des flics et du RN !

Aujourd’hui, c’est bien la révolte sociale des jeunes de banlieues, de milieu ouvrier et populaire, que le pouvoir combat par la répression : pour tenter de l’empêcher de s’exprimer et de s’organiser. La criminalisation des mobilisations et manifestations ouvrières ou populaires se généralise. La répression qui veut intimider, décourager, s’est lâchée en 2016 contre les opposants à la Loi Travail (sous Hollande, dit de gauche !), contre les Gilets jaunes en 2018-2019, contre bien des travailleuses et travailleurs, militants syndicaux ou non depuis. Cette fois, c’est la révolte de la jeunesse des milieux populaires qu’elle voudrait étouffer, et cela concerne l’ensemble du mouvement ouvrier. Cette jeunesse qui relève le gant et s’organise rejette tout dialogue avec les autorités, toute discussion avec quiconque les représente, tant que les poursuites contre leurs potes réprimés ne seront pas levées.

Michelle Verdier