Étudiants rassemblés à Jantar Mantar, à New Delhi, le 20 juillet 2026, contre la fraude à l’examen d’entrée en médecine.
Crédits : Sumita Roy Dutta / Wikimedia commons (cc by-sa 4.0)

En juin et juillet derniers, une vague de manifestations étudiantes avait déferlé dans le pays à l’appel notamment du Parti populaire des cafards (CJP), ainsi nommé en reprenant par dérision une insulte envers des manifestants du président de la Cour suprême. Ils protestaient contre les fraudes aux examens et réclamaient la démission du ministre de l’Éducation nationale, responsable de l’annulation de l’examen d’entrée en médecine et du suicide de nombreux étudiants. Après cinq jours de manifestations ininterrompues à New Delhi, le ministre était finalement contraint à la démission et les revendications étudiantes satisfaites. Ce recul, inédit, du Premier ministre et nationaliste hindou d’extrême droite Narendra Modi devant la détermination des manifestants n’a pas suffi à calmer la jeunesse.

Une nouvelle épreuve de force s’est cristallisée autour de la révision des listes électorales. Initiée officiellement pour nettoyer les listes des doublons, des défunts et des fraudeurs, elle s’est transformée en une vaste opération – 130 millions de radiations, notamment d’électeurs musulmans opposés à Modi – au grand bénéfice du Parti national indien (BJP) au pouvoir. Une manifestation interdite appelée par le Parti des cafards et le Parti du Congrès, parti qui a longtemps gouverné l’Inde avant l’arrivée de Modi, a été violemment réprimée samedi et dimanche 11 et 12 octobre, mais a rassemblé des dizaines de milliers de manifestants. L’accès au centre de New Delhi a été interdit par le déploiement de 20 000 policiers qui ont effectué des milliers d’interpellations, et même des dizaines de milliers d’après certaines sources. Trois leaders du Parti des cafards, dont son principal responsable, Abhijeet Dipke, ont été arrêtés dès leur arrivée, et libérés le lendemain. Les manifestants réclament la démission du chef de la commission électorale.

L’agitation sociale incessante de ces derniers mois contraint le gouvernement à la défensive. Elle reste, pour le moment, essentiellement animée par la jeunesse estudiantine et se concentre sur des objectifs de justice et de démocratie. Mais, si la classe ouvrière indienne, nombreuse et concentrée, entre dans la danse, les jours du régime de Modi seront comptés.

Michel Grandry