Un premier revers pour Infopro Digital, la principale boîte de presse spécialisée en France (possédant La Gazette des communes, L’Usine nouvelle, Le Moniteur…), qui tente depuis mai de supprimer 19 postes de journalistes secrétaires de rédaction en CDI, sans compter des CDD jetés dehors. La direction voudrait les remplacer par cinq « chefs d’édition », assistés d’un outil d’intelligence artificielle générative (censés s’occuper de 26 hebdomadaires et mensuels aux thématiques et lectorat bien distincts). Un plan pour maximiser les profits d’une entreprise qui a enregistré plus de 27 % de marge en 2025. Les actionnaires – menés par le fonds Towerbrook – s’engraissent sur le dos d’employés dont les salaires stagnent depuis dix ans.

Le tribunal administratif de Créteil vient de suspendre une partie du plan par un référé. Il reproche à la direction de ne pas fournir certains documents, dont l’évaluation de la surcharge de travail à venir, alors que les heures supplémentaires sont déjà légion dans le groupe. Mais deux jours plus tard, la direction annonce poursuivre la deuxième partie de son projet licencieur.

Les journalistes s’étaient déjà mis en grève deux jours dès l’annonce du plan, puis avaient fait tourner une pétition cet été via La Gazette des communes, alertant sur la prochaine dégradation de l’information. Pour contrer tous les licenciements, ils devront poursuivre leur bras de fer. D’autres entreprises sont concernées. Les patrons de presse licencient en masse : Ouest France annonce supprimer 156 postes, 350 chez Ebra, plus de 200 à Prisma Media… L’IA pourrait servir à nous soulager de nombreuses tâches. Mais il faut l’enlever des mains du patronat qui s’en sert pour augmenter l’exploitation.

Correspondant