Qu’il s’agisse d’autorisation de parcours de manif ou de négociations dans les salons feutrés de Matignon, la bourgeoisie cherche à canaliser les explosions sociales en légitimant ses « partenaires sociaux » et en choisissant ses interlocuteurs. En désignant lui-même les vrais « dirigeants » et en organisant la répression des « gens qui n’ont aucune légitimité », le gouvernement désigne pour directions naturelles du mouvement les directions syndicales avec lesquelles il compte bien trouver sa « solution » à la crise sociale. Nos perspectives sont différentes : le mouvement doit être dirigé par celles et ceux qui le font vivre et qui s’en donnent les outils. C’est le seul moyen d’assurer la victoire.

Qui représente le mouvement ? Les appareils syndicaux et politiques préexistants, ou les assemblées générales ?

Les assemblées générales embrassent l’ensemble des jeunes en lutte, membres d’une organisation ou non, pour décider d’une orientation politique commune. Les AG sont donc les organes les plus représentatifs de la mobilisation à un moment donné, contrairement aux partis ou syndicats qui n’organisent qu’une fraction – plus ou moins importante – des jeunes mobilisés.

Malgré leur représentativité, les assemblées générales, « parlements de la lutte », ne sont pas capables seules de peser face aux appareils préexistants. Si les AG ne se dotent pas d’un « exécutif », un comité de mobilisation élu et révocable, capable de transformer les prises de positions, les votes, en actes dans la réalité, et de formuler une politique entre deux AG, le « parlement de la lutte » n’est qu’un moulin à parole (comme le sont d’ailleurs les parlements bourgeois).

Mais des comités de mobilisation ne peuvent avoir qu’une influence restreinte au périmètre de leur AG : un campus, un lycée. Le gouvernement et les syndicats, eux, exercent leur politique à l’échelle nationale. Pour gagner, le mouvement doit être capable de mettre en œuvre sa politique à la même échelle : il faut coordonner les assemblées générales et comités de mobilisation sur l’ensemble du territoire.

Quelles étapes pour construire une coordination ?

Comment parvenir à mettre sur pied une coordination nationale ? Pour l’instant, les assemblées générales dans les lieux d’étude sont numériquement faibles, malgré des centaines de milliers de jeunes dans les manifestations. C’est la réalité d’un mouvement où les établissements se retrouvent fermés. Attendre, dans cette situation, que les AG existent dans tous les établissements et atteignent des milliers de participants, cela reviendrait pour les jeunes en lutte à laisser les mains libres aux appareils préexistants et à leurs directions. Or, les fractions de la jeunesse mobilisée doivent en entraîner d’autres sans attendre, derrière une politique qui corresponde réellement aux intérêts généraux du mouvement. Être « légitime » ou « représentatif », c’est faire avec celles et ceux qui luttent, qui veulent lutter et qui sont là.

C’est en déployant une orientation politique que les coordinations existantes vont convaincre de leur utilité et se renforcer. Cela pourra susciter la volonté, « à la base », d’envoyer davantage de délégations (d’ailleurs révocables), de discuter davantage en AG locale de ce qu’il faudrait défendre en leur sein, jusqu’à entraîner dans ses rangs les organisations syndicales, qui réagissent bien vite lorsqu’elles craignent d’être débordées. Les coordinations, comme les AG, ne sont pas « antipartis » ou « antisyndicats ». Toutes celles et ceux qui luttent y ont leur place, et des organisations peuvent bien y défendre leur politique, si elles acceptent de la soumettre au contrôle des étudiants mobilisés.

Stefan Ino