5,5 millions de personnes ont eu recours eu moins une fois à l’aide alimentaire des Restos du cœur entre 2018 et 2025, soit 8 % de la population, selon une enquête menée par des économistes internationaux et consacrée à la situation dans l’Hexagone. La majorité sort de l’aide alimentaire au bout d’un an, mais 14 % y restent plus de trois ans. De plus, une personne sur dix risque de tomber dans la précarité alimentaire dans la décennie à venir et notamment des enfants en bas âge. La plupart des personnes accueillies sont sans emploi (90 %), un chiffre qui inclut 3 % d’étudiants, 10 % de personnes handicapées et 11 % de retraités. Plus d’un tiers (40 %) sont en situation de « précarité résidentielle » (hébergées par un tiers, en hébergement d’urgence ou sans-abri). Un chiffre est également particulièrement inquiétant : 25 % des personnes accueillies sont des enfants de moins de dix ans, alors que cette classe d’âge ne représente que 10 % de la population. Les chiffres sont par ailleurs en nette augmentation sur la période étudiée, le nombre de personnes accueillies ayant progressé de 37 % entre 2018 et 2025. Cela monte même à 62 % pour les personnes en situation de précarité résidentielle. Le taux de chômage et l’inflation des loyers figurent parmi les principaux facteurs qui expliquent l’entrée dans l’extrême pauvreté. Ainsi, une hausse de 10 % du taux de chômage entraîne une augmentation de 13 % du nombre de personnes en précarité alimentaire et une progression de 10 % des prix des loyers entraîne de son côté une hausse de 9 % du taux de précarité alimentaire, et de 5 à 18 % de la précarité résidentielle. Cependant le phénomène « reste un angle mort des études économiques », notamment en raison du manque de données sur les populations les plus précaires, a regretté lors d’une conférence de presse l’un des auteurs des travaux, Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l’Université de Brown (Rhode Island, États-Unis). Car les pouvoirs publics ne sont pas pressés d’exposer cette réalité au grand jour.
