Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le soir du 17 octobre. Les collègues de garde appellent à la rescousse : des blessés affluent, portant les stigmates d’une répression policière d’une extrême violence. Plaies à l’abdomen causées par des grenades de désencerclement, artère fémorale sectionnée, éclats de grenade, fractures ouvertes… Les blessures sont parfois très graves. Au visage, aux pieds, aux bras, au torse, à la tête : certaines victimes ne remarcheront probablement pas, ou auront des séquelles permanentes.
Plusieurs collègues décrivent des urgences saturées, un véritable carnage. Les messages d’alerte se succèdent : « C’est effarant, y en a partout, ils sont super jeunes, c’est pas possible les flics se sont déchaînés ! », « On est complètement dépassé, faut qu’on fasse quelque chose là, c’est insupportable à voir ! »
La situation est loin d’être isolée. Dans plusieurs services d’urgences de région parisienne, les mêmes scènes se répètent, et sans doute ailleurs également.
Ce jour-là, plusieurs services hospitaliers étaient déjà en grève, dans le cadre des appels à mobilisation pour le 17 contre la vie chère, les bas salaires et la dégradation des conditions de vie – à quoi s’ajoute tout ce qu’on subit au quotidien à l’hôpital : manque d’effectif, plannings bouleversés en permanence pour boucher les trous, salaires, fatigue, surcharge… Aux urgences de la Pitié-Salpêtrière, la majorité des collègues s’étaient mis en grève, tout en sachant qu’ils ne pourraient pas aller à la manifestation, étant assignés à leur poste.
Mais, le soir venu, devant l’afflux de blessés et la violence des scènes auxquelles ils étaient confrontés, une autre question a émergé : faut-il prolonger la grève le 18 octobre ?
Dans les jours qui suivent, la colère ne retombe pas. Le 24 octobre, ils étaient encore plus nombreux à vouloir manifester en soutien aux jeunes. Et aujourd’hui, c’est la grève du 5 novembre qui se prépare.
Correspondante
