
Le centre de Kiev et d’autres villes ukrainiennes ont encore été mis à feu et à sang par des drones tueurs russes, les 28 et 29 septembre. C’est le langage de Poutine. Le langage du parti de la guerre qu’il a tenu à conforter par les élections législatives qui ont eu lieu du 18 au 20 septembre en Russie. C’étaient les premières depuis la guerre à grande échelle lancée contre l’Ukraine, en février 2022. Russie unie, les a gagnées, avec près de 60 % des voix (57 % de participation, en légère hausse). Les territoires de l’est de l’Ukraine, occupés et annexés, auraient largement voté pour Poutine. Ce n’est pas de sitôt que sera fait le vrai bilan de cette consultation, de toute façon largement truquée.
C’est Poutine, par le truchement de la Cour suprême, qui choisit quels partis se présentent. Iabloko, un parti libéral opposé à la guerre, a été éliminé, même si certains de ses membres ou sympathisants ont pu risquer une candidature1. Sont restés en lice les partis pro-guerre (dont le Parti communiste, et quelques autres satellites de Poutine) et tout a aidé à tricher : l’étalement du vote sur trois jours, les votes électroniques incontrôlables, les manifestes bourrages d’urnes. Meduza2 a décortiqué les pédigrées des élus : plus d’un sur trois serait lié à la guerre, dont des militaires avec fiers états de service, voire quelques criminels de guerre. Le média parle d’une « fraction parlementaire “Opération spéciale” à la Douma ». Si Poutine vient d’affirmer, en réponse à Macron, que « nous ne nous préparons pas à des combats de quelque sorte que ce soit avec l’Europe », il poursuit sa guerre impérialiste contre l’Ukraine. À laquelle Zelensky riposte dans l’escalade par des frappes ukrainiennes contre des installations pétrolières et des civils en Russie.
Bouleversements économiques et sociaux
Depuis un an, la Russie connaît une crise économique grave. Recul drastique de l’industrie automobile, entre autres face à la concurrence chinoise. Recul drastique des industries charbonnière, gazière et pétrolière, du fait des sanctions qui ont coupé les capitalistes russes de leurs marchés européens et mondiaux – les marchés de substitution, dont indien pour le pétrole, ne compensant pas les pertes. Importations d’équipements coûteuses. Et des taux directeurs élevés de la banque centrale qui rendent les crédits très chers. Des difficultés que Poutine n’avait probablement pas anticipées quand il a pensé déboulonner Zelensky par une offensive éclair en février 2022.
Des centaines de milliers de personnes ont quitté la fédération de Russie. Jusqu’à 250 000 soldats sont probablement morts sur les fronts. L’époque où certains parlaient de relance de l’économie par la guerre est révolue. Des salaires ont augmenté un temps mais l’inflation les a largement rattrapés. Ceux qui acceptent de risquer la mort sur les fronts touchent encore de grosses soldes, mais partout ailleurs, ce sont des baisses de salaire. Un média d’opposition en lien avec des milieux syndicaux, « antijob.media », cite des groupes du secteur automobile, agricole, cimentier, électro métallurgique où la réduction de la semaine de travail a entraîné des chutes salariales. Au moins 250 000 salariés ont été mis au chômage partiel ou technique. Face à quoi, le droit de grève est dans les faits bafoué par les conditions auxquelles il est soumis. Restent des « plaintes », « protestations » et « revendications » transmises aux autorités, qui deviendraient la principale forme de lutte.
Pendant ce temps, quelques grands barons capitalistes russes, d’État ou privés, entre autres Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, échappent aux sanctions et restent « chouchoutés » par leurs amis occidentaux. Money, money ! Si quelques groupes français sont « chassés » par Poutine, Total, toujours actionnaire du groupe russe Novatek et de l’usine de liquéfaction de la presqu’île de Yamal, reste préservé. En tout cas, ce n’est pas dans ce petit monde de fauteurs de guerre qu’on crève de faim. Faudra bien que ça se paie un jour.
Michelle Verdier
1 En Russie, sur le modèle de l’Allemagne, les députés de la Douma sont élus à la suite de deux votes : l’un pour un parti (c’est là que Iabloko a été évincé), l’autre nominal pour un individu.
2 https://meduza.io/en – un média en ligne d’opposants libéraux dans l’émigration.