Paris, 24 octobre 2026

Malgré le gros bâton et la micro-carotte agités par le gouvernement, il est probable que le mouvement lycéen passera les vacances. Il n’y aura pas de retour à la normale à la rentrée et cela affaiblit le gouvernement et son donneur d’ordre, le Medef. Macron ne peut qu’étaler son impuissance en se plaignant que ce n’est « pas normal qu’à six mois d’une élection présidentielle, notre pays soit dans cet état d’ébullition ». Cela, alors que les travailleurs n’ont pas encore massivement utilisé leur arme de prédilection, la grève, qui a été fatale à des gouvernements bien plus solides.

Rejoindre la jeunesse en lutte

Des travailleurs combatifs ont accompagné les manifestations en semaine et prêté main forte face à la répression. Des centaines de milliers de salariés, souvent plus jeunes et précaires que la moyenne, ont manifesté les samedis 17 et 24 octobre – et ils remettront ça le 31. En témoignent les profils de ceux qui ont été amenés en comparution immédiate : intérimaire, ouvrier du BTP, soignante…

Cette jonction n’est pas seulement due au fait que la jeunesse défie le président des patrons et ses flics comme en 1968. En 2026, les lycéens et une partie des étudiants en lutte sont de futurs travailleurs, la jeunesse de la classe ouvrière. Grandes sœurs, grands frères et parents ne s’y trompent pas.

Une victoire des lycéens sera une victoire pour toute la classe ouvrière

Il y a un enjeu en soi à ce que ces lycéens des quartiers ouvriers fassent reculer le pouvoir. Qu’ils obtiennent la fin du tri social (et donc raciste) dans l’éducation et les moyens indispensables pour que ce ne soit pas une enfumade. Une telle victoire, obtenue par leurs luttes organisée à la base, serait la promesse d’une génération de travailleurs forts d’une expérience précieuse.

Pour nos revendications, vers la grève générale

C’est le moment pour les travailleurs de s’y mettre, non seulement pour aider les lycéens à gagner, mais aussi pour leurs revendications propres : que les salaires suivent les prix, que les licenciements soient interdits, et pour en finir avec les conditions de travail infernales auquel le « 8 heures-18 heures » dénoncé par les lycéens voudrait formater la jeunesse.

Oui, des victoires sont possibles sur tous ces fronts, à condition de ne pas remettre son sort à des élections, anticipées ou pas – les législatives de juin 1968, quelques jours après la plus grande grève générale de l’histoire du pays, avaient donné une large majorité à la droite. À condition aussi de ne pas s’en remettre aux calendriers et aux méthodes des bureaucrates syndicaux qui ne sont déjà pas capables de suivre les lycéens, et encore moins d’emmener des travailleurs en lutte à la victoire.

En s’inspirant de la jeunesse, en s’organisant à la base, syndiqués et non syndiqués, en coordonnant leurs efforts à tous les niveaux, du local au national, les travailleurs ont une occasion rare de faire céder un pouvoir en déshérence. Et ce ne serait qu’un début !

Raphaël Preston