
L’affaire Lyhanna, du nom de cette enfant violée puis assassinée en mai 2026, a ébranlé l’opinion publique à l’approche de l’été. La découverte de plusieurs plaintes classées sans suite à l’encontre du meurtrier présumé a mis un coup de projecteur sur le manque de prise en considération des victimes de violence par la police et la justice. Le gouvernement Lecornu, pour se dédouaner, mettait alors en cause les magistrats. Gérald Darmanin, quant à lui, a demandé un audit national des plaintes pour violences sur mineurs le 29 juillet. Une mesure destinée à répondre aux mobilisations devant les tribunaux de Paris, Bordeaux, Lyon, et bien d’autres villes.
Les présents (et présentes !) dans ces rassemblements demandaient une « loi intégrale contre les violences sexuelles ». Cette revendication, initiée par des associations comme #NousToutes, a accouché d’un projet de loi dont l’examen a commencé le 21 septembre à l’Assemblée. Si on ne peut que saluer le fait que les associations et les réactions dans la rue aient abouti à contraindre le gouvernement à s’emparer de la question des violences sexuelles, à inscrire dans la loi la prise en charge de la prévention ainsi que des soins pour les victimes (mais pas les victimes adultes, notons-le), on ne peut que pointer les limites d’une telle perspective.
Cette loi dite « intégrale » doit concerner « l’ensemble de la chaîne de violences, de leur prévention à leur répression ». Pour la prévention, il faudrait des moyens, qui pour l’instant ne sont pas prévus… ou si peu. Les associations chiffrent à 3 milliards le montant de départ qui serait nécessaire pour commencer à mettre en place les mesures décrites dans la loi. Pour le moment, le gouvernement promet une somme plancher de 1,5 milliard dans le budget… L’équivalent de la somme engagé en 2026. Tout en disant qu’il accordera des moyens à la protection de l’enfance, censés compléter le manque. Mais comment croire des macronistes qui ont passé leur temps à faire des coupes franches dans les structures utiles aux plus fragiles, comme le planning familial ?
Et même si ce budget plus ou moins au rabais est voté, comment sera-t-il utilisé ? Il y a fort à parier que les sommes promises se porteront davantage sur le volet répressif de cette loi. La répression est l’unique réponse que l’État prétend apporter aux problèmes qui gâchent la vie d’une partie de la population. Il est en cela aidé par le RN, qui fait de la « fin de la complaisance » son cheval de bataille et qui propose la prison à perpétuité pour les violeurs.
Bien sûr, le fait que la plupart des viols et agressions sexuelles ne soient pas condamnés, ou soient requalifiés en « atteintes sexuelles » juge une société qui reste encore largement aveugle à ces manifestations abjectes du sexisme. La reconnaissance par la justice des agressions subies est, de plus, le moyen pour certaines victimes de se reconstruire. Cependant, la prison n’empêche pas la récidive, elle est même le creuset de violences… ce qui ne contribue pas à rendre la société moins violente !
Cette loi sera peut-être une avancée sur le plan de la reconnaissance des VSS. Mais il faut se souvenir que les violences sexuelles sont des violences sociales, contre lesquelles on ne lutte pas avec les moyens du système qui les engendre.
Mona Netcha