
Les blocages ne cessent pas malgré les violences policières et les manifestations se massifient malgré les fermetures administratives d’établissements comme d’universités. Rien n’arrête cette jeunesse en feu qui refuse le présent comme l’avenir que le système lui impose.
Un cap a été franchi avec une structuration qui se met en place : organisation d’une coordination lycéenne Paris-banlieue avec 300 lycéennes et lycéens samedi 3 octobre, puis 200 mardi 6 octobre, puis une ébauche de coordination nationale dimanche 11 octobre. La même semaine, des AG étudiantes se sont tenues dans différentes villes, d’affluence croissante. Parfois jusqu’à 2 000 à Nantes ou Rennes. 800 étudiants et étudiantes à Paris le jeudi 8 au soir, plus de 1 000 le lendemain.
Or, depuis jeudi 8 octobre, l’intersyndicale (essentiellement CGT, Solidaires et FSU) – mais aussi la France insoumise par l’intermédiaire du syndicat l’Union étudiante (UE) –, s’opposent aux cadres d’auto-organisation qui émanent du mouvement pour tenter de le reprendre en main. C’est évidemment perceptible à Paris et région parisienne, là où ces appareils syndicaux ont le plus de moyens.
Première tentative jeudi 8 octobre : alors que la coordination lycéenne Paris-banlieue avait appelé à une manifestation à 14 heures place de la République, l’intersyndicale a d’abord tenté d’empêcher toute initiative centrale en déposant des rassemblements départementaux devant les préfectures. Puis l’Union étudiante, appuyée par l’intersyndicale, a appelé à un rassemblement place de la Bastille. Les lycéens ont maintenu leur rendez-vous à République, pour aller à la Bastille. Les 15 000 manifestants qui ont déboulé place de la République, quasi exclusivement des lycéens et étudiants, accompagnés de profs, sont une démonstration sans appel de la légitimité de la coordination lycéenne, rejointe par des milliers d’étudiantes et étudiants. Et ils ont spectaculairement défilé jusqu’à la Bastille, car ils souhaitent la jonction avec les travailleurs, malgré les calculs politiques de la haute bureaucratie syndicale.
Les universités étant désormais entrées dans la danse, les deux assemblées générales citées plus haut et réunies jeudi 8 octobre ont toutes deux validé un parcours pour la prochaine manifestation prévue mardi 13 octobre, déposé vendredi 9 octobre : de l’Hôtel de Ville en direction de Matignon, avec pour cibles les ministres de Macron.
Or, le même jeudi, en fin de journée, l’intersyndicale, relayant cette nouvelle journée de mobilisation notamment par des appels à la grève pour les salariés, déposait un parcours de manifestation autre que celui des mouvements de jeunes : de la place d’Italie aux Invalides !
Alors que bien des militants syndicaux sont préoccupés d’apporter leur soutien à la jeunesse, leurs dirigeants se concertent en haut lieu pour décider de… ne pas manifester avec eux ! Il est clair que les directions de ces organisations syndicales ont une peur bleue de la mobilisation de la jeunesse, habituées qu’elles sont à tenter de canaliser les colères. Peut-être voudraient-elles aussi, aujourd’hui, saisir l’occasion de montrer leur responsabilité et aptitude à calmer le jeu, face aux pouvoirs en place – bien pris de trouille devant une mobilisation à ce jour incontrôlable. Pour leurs dirigeants comme pour ceux de toute la gauche, ce sont les élections qui sont l’horizon indépassable. En l’occurrence la présidentielle de 2027. Il ne faudrait pas que le jeu institutionnel soit trop bouleversé !
Bien curieux aussi, alors que le 17 octobre est sur toutes les lèvres, qu’aucune direction syndicale n’ait fourni de précisions quant à un appel quelconque et précis : où exactement, quand et comment ? Dans plusieurs villes – à Rouen, à Lille, ailleurs aussi –, ce sont les jeunes qui sont en train d’y réfléchir sérieusement pour s’en charger.
Tous et toutes aux rendez-vous fixés par la jeunesse !
14 octobre 2026, Armelle Pertus
