Depuis lundi 2 novembre, près de la moitié des conducteurs du dépôt Keolis Porte des Alpes d’Ayse, près de Bonneville (Haute-Savoie), sont en grève. Le mouvement était prévu sur les deux premiers jours de rentrée.

Le transport à la demande met tout en retard

Depuis l’automne 2024, le réseau Proxim iTi expérimente un transport à la demande (TAD) dit « agile », greffé sur les lignes régulières. Concrètement, même en pleine ligne, la tablette embarquée peut envoyer un message qui oblige le conducteur à partir aller prendre des voyageurs en TAD. Ces détours ne sont pas pris en compte dans les horaires, si bien que le retard se répercute sur toute la ligne : les passagers finissent par prendre le bus d’avant pour être sûrs d’arriver à l’heure au boulot. Pour les conducteurs, qui ont la responsabilité de dizaines de voyageurs et souvent d’enfants, c’est un stress permanent.

Treize heures d’amplitude, des coupures non payées

Cette désorganisation s’ajoute à des horaires épuisants. Les journées s’étalent sur jusqu’à 13 heures d’amplitude, hachées par des coupures qui ne sont pas payées, de quoi accumuler la fatigue et rendre la vie personnelle impossible à organiser. Ces coupures obligent en plus à faire deux fois le trajet jusqu’au dépôt, alors que le prix de l’essence ne cesse d’augmenter : c’est le salarié qui paie de sa poche. Le tout pour des salaires qui ne suivent pas, dans une région frontalière de la Suisse, où tout coûte très cher.

Le matériel n’arrange rien : sur les bus très majoritairement à boîte manuelle, le levier de vitesse placé en retrait met l’épaule en tension à longueur de journée. Pas étonnant, dans ces conditions, que quarante salariés aient quitté l’entreprise en deux ans.

Keolis, filiale de la SNCF, encaisse l’argent de la délégation de service public, pendant que les élus ont lancé leur expérimentation sans jamais demander l’avis de ceux qui conduisent les bus. Avec cette grève, les conducteurs rappellent que ce sont eux qui sont indispensables au fonctionnement du réseau.

Izia Tvarskaïa