
Pompiers : l’heure des comptes a sonné
Place d’Italie, environ 10 000 pompiers venus de toute la France, en tenue, se sont élancés dans une atmosphère électrique au milieu des pétards et des fumigènes. L’été passé et ses méga-feux sont encore dans toutes les têtes. Quatre sapeurs-pompiers sont décédés au travail et des centaines ont été intoxiqués par les feux : la conséquence tragique des risques pris à affronter des flammes de plusieurs dizaines de mètres sans les moyens adéquats.
Dans la manifestation, les pancartes font état d’une colère profonde face à la casse des conditions de travail mise en œuvre par les gouvernements successifs, de droite comme de gauche. Alors que l’intensité et la fréquence des feux ont sensiblement augmenté du fait de l’inaction climatique, les moyens alloués aux pompiers, comme pour le reste des services publics, n’ont fait que baisser ! Comme le fait remarquer un militant syndical : « En 1983, il y avait 21 bombardiers d’eau, aujourd’hui 20. »
Plutôt que d’embaucher, l’État préfère tirer toujours plus sur la corde des sapeurs-pompiers volontaires moins bien payés. Sans compter le manque de reconnaissance des maladies professionnelles particulièrement nombreuses.
Une manifestation sous le signe de la convergence des luttes
Le passage devant la Pitié-Salpêtrière a été l’occasion qu’un cortège d’hospitaliers se joigne à la manifestation. La situation des pompiers envoyés au casse-pipe cet été est exactement celle qu’elles et ils ont vécu à l’hôpital pendant le Covid : du manque de moyens… jusqu’aux félicitations hypocrites des gouvernements devant les caméras, quand bien même ce sont eux les premiers responsables du désastre.
À Bastille, l’ambiance est encore montée d’un cran : les pompiers rejoignent la manifestation de la fonction publique contre le blocage des salaires, partie de République. Une haie d’honneur s’est formée, les cortèges se sont mélangés au son des « tous ensemble, tous ensemble ». Il y a la rencontre des revendications des uns et des autres, très proches, mais aussi et peut-être surtout le sentiment partagé d’un ras-le-bol général contre une société qui fonctionne à l’envers, où les budgets manquent toujours pour les pompiers, les hostos ou l’éducation, mais jamais pour l’armée et les subventions patronales. Un pays qui est le deuxième du monde à verser le plus de dividendes aux actionnaires… alors que nous sommes de plus en plus nombreux à devoir nous serrer la ceinture face à l’inflation et aux salaires qui ne suivent pas.
Les lycéens s’y mettent… Comme un début de « mouvement social généralisé » ?
10 000 pompiers, des cortèges de la fonction publique bien fournis, notamment dans l’éducation, mais aussi des grappes de travailleurs d’autres secteurs : cheminots, RATP, Keolis, Renault, Alstom… De quoi déjà faire une manifestation réussie mais c’est sans compter le facteur le plus explosif de la journée : la présence de milliers de jeunes, dont beaucoup de lycéens, dans la continuité des dizaines de blocus de lycées qui fleurissent depuis la semaine dernière dans les lycées de banlieue contre le manque de moyens et le mépris social. Ils ont pu aujourd’hui compter sur le renfort de leurs professeurs derrière des banderoles de lycées visibles dans toute la manifestation.
Ce mardi, à Paris, flottait dans l’air le début de quelque chose, encore renforcé par les appels au « retour des Gilets jaunes » pour le 17 octobre face à la hausse des prix. Macron s’est senti obligé de déblatérer lors de sa dernière allocution sur la très mauvaise idée que serait, selon lui, un « mouvement social généralisé » dans la situation actuelle… Une bonne partie des manifestants du jour, dont les lycéens mobilisés qui n’ont pas prévu de s’arrêter en si bon chemin, ne semblent pas du même avis !