À Marseille, personne n’a oublié la mobilisation locale des lycéens et du personnel du printemps dernier. Pendant six semaines, profs, assistants d’éducation (AED), assistants d’élèves en situation de handicap (AESH) et lycéens s’étaient mobilisés contre les baisses de budget et les suppressions de postes.
Dès ce 28 septembre, des élèves des quartiers nord bloquent de nouveau leur établissement. Jeudi 1er octobre, presque tous les lycées s’embrasent, parfois au sens propre. Pendant que les CRS courent, incapables de se rendre sur tous les établissements, les jeunes se rendent compte de leur force, même s’ils subissent en pleine figure la répression violente, les arrestations arbitraires, les gaz et autres matraques. À l’initiative de la CGT-Éduc, vite rejointe par Sud et FO, un rassemblement contre la répression est organisé en fin d’après-midi : 400 personnes devant la préfecture. Certains lycéens passent devant le juge le lendemain, pour avoir participé aux blocages du printemps dernier. Sur place, les enseignants apprennent la fermeture administrative de 49 établissements du département et l’interdiction de se rassembler à proximité des lycées. Les équipes mobilisées l’an passé se concertent et appellent immédiatement à la grève et à la manif du 6 octobre.
Les habitudes d’organisation qui ne se perdent pas
Dès le lendemain, plusieurs établissements fermés décident de se rejoindre devant un lycée du centre. Ils y tiennent une assemblée générale avec les lycéens. Puis, réunis entre salariés de l’éducation nationale, ils écrivent et votent un appel. L’objectif est de ne pas se laisser museler par les fermetures. Le lockout ne doit pas avoir raison de la mobilisation des jeunes, ni de la colère du personnel. Plus encore, il s’agit d’élaborer collectivement les moyens de mobiliser les collègues. Car l’enjeu est là : il faut passer d’une juste réaction de solidarité avec les jeunes à la construction d’un mouvement, y compris par la grève, chez les salariés du secteur. Malgré la fermeture, il est décidé d’appeler à organiser des AG dans tous les bahuts dès lundi matin, de participer et de construire la journée du 6 et de refuser les cours en distanciel. Pour un premier jour d’interdiction aux rassemblements devant les lycées, le regroupement de plus de 300 jeunes et agents est vécu comme une victoire.
Lundi, la mobilisation s’organise dans les AG. Un mouvement du personnel est en train de naître. Les appels des établissements remontent, des commissions pancartes, banderoles, tournées de bahuts s’organisent. Mardi, des milliers de personnes manifestent dans les rues de Marseille. C’est un raz de marée de pancartes et il y a un gros cortège des établissements en lutte qui rassemble des salariés de la maternelle au lycée. Un cortège de plus de 3 000 personnes complète le parcours officiel dans une joyeuse manif sauvage. L’AG du personnel qui suit est énorme, 300 personnes y participent. Certains rebroussent même chemin car, bien que les tables soient évacuées en urgence, la salle est pleine à craquer.
Jeudi 8, la manif reste très impressionnante, avec un cortège de jeunes toujours très dynamique et des profs de lycée toujours très remontés. Le simulacre de concertation imposé par le gouvernement ne parvient à duper personne. Entre réaction à la répression, au mépris d’une pseudo-concertation et à des années de colère accumulées, les AG se multiplient dans les lycées. Dans le premier degré, on commence à se rencontrer. Le mouvement semble se construire. Ici, on discute revendications salariales et conditions de travail ; là, on prépare un rassemblement devant l’hôtel de région, ailleurs une AG de secteur (AG d’arrondissement des écoles, collèges et lycées) ou des rendez-vous tôt le matin pour être avec les lycéens.
Mardi 13, très grosse manif qui a terminé tard ! Le 17 apparaît comme un rendez-vous de plus en plus évident.
Correspondante
