
En une dizaine de jours à peine, le mouvement de colère dans les lycées s’est étendu de la région parisienne à l’ensemble du territoire. Le ras-le-bol exprimé par les lycéens de Créteil a d’abord germé dans les autres lycéens de banlieue parisienne, de Saint-Denis à Sarcelles, en passant par Drancy, jusqu’à connaître une croissance explosive à Paris, Bordeaux, Tours, Besançon, Nice, Strasbourg, Toulouse, Lille, etc., aussi bien dans les lycées généraux, professionnels ou BTS. Lundi 28 septembre, le gouvernement annonçait 180 lycées bloqués, ils étaient plus de 400 le lendemain.
Macron craint pour sa « paix sociale »
Le gouvernement cherche à tuer le mouvement lycéen dans l’œuf : il envoie ses flics et gendarmes agresser des adolescents à coup de matraques, gaz lacrymogènes et flashballs, jusqu’à défoncer les dents de lycéens de 14 ans à Saint-Ouen-l’Aumône ou à Lille. Des milliers de lycéens découvrent ce que « l’école républicaine » ne leur apprend pas : la police, le bras armé de l’État, est l’outil des classes dominantes pour maintenir le statu quo et l’exploitation capitaliste qui produit une école à deux vitesses à l’image de cette société.
Par leur violence et sa médiatisation, Macron et sa police cherchent à intimider celles et ceux qui souhaiteraient rejoindre la mobilisation, aussi bien du côté des lycéens que du reste de la population, dans l’espoir de conjurer le spectre d’un « mouvement social généralisé ». Ils n’ont pas oublié que la dernière fois que des lycéens de quartiers populaires se sont mobilisés, les Gilets jaunes n’avaient pas tardé. Nous n’avons pas oublié non plus.
Le gouvernement cherche à montrer sa force en interpellant en quelques jours des centaines de lycéens. Mais ici et là, les lycéens réussissent à faire face aux brutes de l’État. À Paul-Éluard (Saint-Denis), profs et AED ont formé une chaîne pour protéger leurs élèves. À Paul-Robert (Les Lilas), les lycéens évitent les interventions policières contre les blocus en organisant un boycott des cours : les portes du lycée sont ouvertes, mais personne ne rentre !
La mobilisation peut prendre mille et une formes, du barrage filtrant à l’organisation d’une assemblée générale dans la cour, à des débrayages et manifestations au sein même de l’établissement. Face à la répression, il faut être nombreux et étendre la mobilisation partout. Les lycéens ne doivent pas être seuls devant les grilles de leurs établissements : parents, professeurs, travailleurs, aux côtés de la jeunesse révoltée !
Les grands journaux comme Le Monde écrivent que les lycéens « s’emballent » sous l’« effet des réseaux ». Le gouvernement et l’extrême droite prétendent que les lycéens mobilisés seraient « instrumentalisés » par la France insoumise. Comme si les jeunes ne pouvaient pas réfléchir par eux-mêmes. Pourquoi se battent-ils ensemble ? Parce qu’ils ont les mêmes problèmes, la même colère et les mêmes intérêts !
Pas de réponse possible « lycée par lycée »
Que ça soit à Nangis (77) ou à Villiers-le-Bel (93), certains proviseurs tentent de jouer la carte du « dialogue ». Le signal vient d’en haut : sur X, le ministre de l’Éducation appelait à traiter les problèmes « établissement par établissement ». Alors ça promet des réunions, ça tente d’aller chercher les délégués, d’invoquer les Conseils de vie lycéenne (qui n’ont aucun pouvoir de décision, évidemment) ou de convoquer une poignée de « bloqueurs » pour « discuter », car ils sont bien mal à l’aise d’être confrontés à 200 lycéens ! Mais derrière, rien, ou alors de fausses promesses, car ils n’ont de toute façon pas l’argent pour les réaliser.
Il n’y a rien à négocier, et encore moins chacun de son côté : cela vise uniquement à essouffler et diviser le mouvement. Ce ne sont pas avec les proviseurs qu’il faut discuter, mais avec ses camarades de classe, convaincre celles et ceux qui n’ont pas encore rejoint le mouvement. Il faut décider collectivement des modes d’action et des revendications en assemblée générale, trouver comment faire rentrer toujours plus de lycées dans la danse ! C’est le seul moyen d’arracher nos revendications.
Le nombre fait la force, l’organisation la décuple
Lycée par lycée, des groupes Snap se montent pour organiser les prochains rendez-vous, comme le 1er octobre, sans forcément être liés les uns ou autres. Pourtant, c’est notre nombre et notre organisation qui nous permettra de gagner.
Dans différentes villes, comme à Paris, les manifestations du 29 septembre ont été l’occasion d’échanger entre différents lycées et de former des cortèges communs. À Paris et à Lille, des premières expériences de coordination ont eu lieu : dans chacune de ces deux agglomérations, une cinquantaine de lycéens d’environ 20 établissements se sont réunis et appellent à une nouvelle journée nationale de mobilisation mardi 6 octobre.
Si elle arrive à s’enraciner et à se déployer, la colère lycéenne peut faire tache d’huile et entraîner d’autres secteurs des classes populaires : le gouvernement en a peur, il faut s’y atteler.
Les raisons de la colère
Les lycéens vivent au jour le jour l’écart flagrant entre le mythe de « l’égalité des chances » et la réalité. L’école républicaine est à l’image de la société capitaliste divisée en classes sociales opposées : les riches ont tous les moyens et les pauvres se débrouillent avec les restes.
Quelle violence, quand le gouvernement instaure la sélection sociale avec Parcoursup dès l’entrée à l’université mais que ton établissement n’est pas capable de te fournir un prof de maths ou de français l’année du bac. Quelle violence, quand l’administration préfère investir jusqu’à 600 000 euros dans des caméras de surveillance, mais pas dans du papier-toilette. Les salles de classe prennent l’eau, gèlent en hiver et surchauffent en été, mais la priorité, c’est de mesurer la longueur du tissu sur les lycéennes. Ces choix politiques sont révoltants lorsqu’on voit les budgets de la défense ou les milliards des grands patrons. Le gouvernement et l’extrême droite accusent les lycéens de dégrader leurs établissements, mais se sont eux qui détruisent notre éducation !
Celles et ceux qui se battent aujourd’hui le font pour leur avenir. Sur les pancartes fleurissent des slogans contre l’extrême droite et le racisme, contre les violences policières et les inégalités de richesse. Cette génération voit le militarisme gagner du terrain, la France soutenir le génocide en Palestine et elle refuse l’avenir que les capitalistes lui tracent comme chair à canons ou chair à patrons.
Elle refuse la discipline stupide, que ça soit l’interdiction des téléphones portables, les « 8 heures-18 heures » ou les pauses de 20 minutes pour manger, qui ne servent qu’à habituer, voire à dresser aux horaires et à la discipline de l’exploitation.
Face à leur société capitaliste et à l’avenir de misère qu’ils nous réservent, amplifions la mobilisation !