
Sur le blocage du lycée de Serris (Seine-et-Marne), la police arrête cinq mineurs et les place en garde à vue pendant 11 heures, visés par une plainte. Ce qui leur est reproché : d’avoir emprunté des caddies à Auchan.
Mardi 13 octobre à Serris en Seine-et-Marne (77), les élèves du lycée Émilie-du-Châtelet ont tenté de bloquer leur lycée dans le cadre de la journée de mobilisation appelée par la coordination inter-lycéenne Paris-banlieue et les syndicats. Depuis des années et depuis le début du mouvement, les élèves ont pour habitude de bloquer leur établissement à l’aide des caddies du supermarché Auchan, situé à proximité, au sein du centre commercial du Val d’Europe. Vendredi 8 octobre, ils avaient encore bloqué de cette façon avant de restituer les charriots, rangé les poubelles et même balayé le parvis du lycée.
Mais ce mardi, aux alentours de 7 heures du matin, alors que les lycéens remontaient avec les caddies en direction du lycée, une dizaine de policiers de la BAC les ont arrêtés, plaqués contre leurs voitures et menottés violemment. Le motif : vol de caddies en réunion. Une plainte a même été déposée par Auchan, probablement sur demande de la police.
Un débrayage prof-élèves mal accueilli
Dès 10 heures, après que la nouvelle se diffuse parmi les lycéens, les jeunes se sont amassés en nombre sur le parvis, refusant de reprendre les cours. Spontanément, 200 professeurs et élèves sont ensuite partis ensemble en cortège jusqu’au commissariat de Chessy pour exprimer leur soutien et exiger la libération des cinq élèves. Mais le petit groupe a été tenu à distance du commissariat par une vingtaine de policiers et de membres de la BAC cagoulés, armés de boucliers anti-émeutes, de flashball et de lanceurs de grenades lacrymogènes. La consigne de maintenir le groupe à distance a même été donnée clairement à la seule professeure qui a pu discuter avec le commissaire de la brigade, sous peine d’user de leur arsenal.
Dans la foulée, un groupe d’enseignants et de parents d’élèves s’est rendu chez Auchan dans le but de faire revenir à la raison le directeur de l’enseigne pour qu’il retire sa plainte. Le petit groupe s’est très vite vu sommer par la police d’évacuer les lieux.
Des blagues sexistes pendant la garde à vue
Vers 18 h 30, après onze heures de garde à vue, les cinq élèves, âgés de 15 à 17 ans, sortent en larmes. Le lendemain, le plus jeune, encore traumatisé, n’est pas venu au lycée. Les filles, elles, racontent s’être fait fouiller en culotte, sans soutien-gorge, sous le regard de plusieurs policiers masculins, multipliant les surnoms et les blagues dégueulasses : « C’est quoi vos matières préférées ? Nous, c’est maths et dessin (comprendre “mater des seins”). »
Une répression multiforme
Ces faits d’intimidation ne sont pas les seuls : un autre élève du lycée s’est fait arrêter par la BAC à la gare de Lagny pour un contrôle d’identité de quatre heures. Un autre élève a été placé en garde à vue pour outrage, après avoir fait un doigt d’honneur à la police. Il aurait écopé de 300 euros d’amende et de deux semaines de stage de citoyenneté. Au total, on compte, juste pour ce lycée, huit arrestations et quatre contrôles d’identité de plusieurs heures. Au niveau national, plus de 8 000 arrestations ont eu lieu. Les consignes données sont claires : arrêter les plus mobilisés pour étouffer la contestation. Mais la répression ne nous arrêtera pas.
Correspondant
