Près de deux semaines après le début de la grève lycéenne à Créteil, le mouvement de jeunesse initié par les lycéens continue d’accélérer et de s’étendre. Malgré des centaines de fermetures de lycées ou universités, les manifestations du 6 octobre ont été massives partout en France et fragilisent encore davantage le gouvernement.

Les 5 et 6 octobre coïncident avec l’éclosion du mouvement étudiant après quelques jours de balbutiement. 1200 étudiants à Rennes en assemblée générale, 700 à Grenoble, 600 à Rouen… L’écrasante majorité des universités entre dans la danse et cela s’est vu dans les manifestations, renforcées par des cortèges étudiants de plusieurs centaines de jeunes malgré les fermetures administratives imposées par le gouvernement et les présidences d’université.

« Rejoindre le mouvement lycéen ou le soutenir ? »

Dans les assemblées générales étudiantes, la question se pose. Les lycéens ont imposé leur calendrier, leurs revendications et font face à l’arsenal répressif de l’État (avec ses 6 500 interpellations et ses mutilations). Alors que leurs revendications, contre une éducation à l’image de la société – à deux vitesses – correspondent à celles des étudiants, ceux-ci font le choix d’enfoncer la brèche enfoncée par les lycéens, non pas seulement pour les « aider » mais bien gagner ensemble contre le gouvernement. Car les deux mouvements se renforcent et illustrent la possibilité d’un mouvement d’ensemble.

Le gouvernement dans une impasse répressive

Macron n’arrive pas à faire rentrer les élèves en cours ? Alors les cours auront lieu à la maison, en distanciel. Les lycéens font grève, organisent le « boycott du distanciel » et prennent la rue ? Le gouvernement annule tout simplement les cours, et prépare un « temps de démocratie interne ». Démocratie interne ? De la part d’un gouvernement qui envoie des milliers d’adolescents en garde à vue pour avoir manifesté ? En réalité, le gouvernement organise une tentative de reprise de contrôle des équipes pédagogiques par les chefs d’établissements, dans l’espoir que celles-ci reprennent le contrôle de leurs élèves à travers les rouages d’une pseudo-démocratie participative. Rien d’étonnant à ce que les lycéens maintiennent leur grève : le gouvernement fait semblant de faire un geste symbolique, sans débourser un seul centime.

Dans les universités, nombre d’entre elles sont fermées (parfois pour la semaine !) tout en maintenant les cours en distanciel, pour empêcher toute forme d’organisation. Si certains départements ou professeurs refusent de jouer le jeu du gouvernement et banalisent leurs cours en refusant de comptabiliser les absences, les étudiants doivent s’organiser pour assurer la poursuite de la grève débutée lundi. Ce n’est pas l’heure d’aller en cours, qui plus est dans de mauvaises conditions, mais de renforcer la lutte !

Le mouvement doit passer un cap dans son organisation

Que cela soit pour faire front face à la répression, ou pour contester les pseudo-négociations initiées par le gouvernement, le mouvement lycéen comme étudiant doit s’organiser. Des assemblées générales inter-lycées, voire des embryons de coordination se tiennent depuis plusieurs jours. À Paris, une nouvelle assemblée de la « coordination lycéenne Paris-banlieue » réunissant 200 lycéens de 25 établissements s’est tenue après un cortège dynamique et visible. Elle appelle à manifester le 8 octobre ainsi que le 12 octobre nationalement. Et les autres regroupements lycéens et étudiants auraient bien intérêt à s’en emparer et construire ces échéances de mobilisation ! La jeunesse mobilisée peut observer qu’elle n’a rien à attendre des directions syndicales professionnelles qui appellent à une prochaine journée nationale de grève le… 5 novembre ! Dans quatre semaines, en passant par-dessus le 17 octobre et le tunnel des vacances de la Toussaint. Attendent-ils les 20 000 interpellations, ou le passage du litre de fuel à 3 euros ?

Le monde du travail va-t-il s’engouffrer dans la brèche ouverte par la jeunesse ?

Les directions syndicales ne représentent pas les travailleurs, et les syndicats lycéens qui vont négocier avec le gouvernement ne peuvent en rien prétendre parler au nom des lycéens mobilisés.
La fronde lycéenne contre « l’éducation à deux vitesses » déchire le voile de la méritocratie et fait apparaître la société de classe dans toute sa laideur. Les « écoles-casernes », le manque de moyens, l’extrême droite, l’avenir de guerre et de misère proposé par le capitalisme, ce n’est pas seulement promis à la jeune génération mais bien à l’ensemble des travailleurs. En contestant ce vieux monde, la « Gen Z France » peut entraîner l’ensemble du monde du travail sur fond d’augmentation du coût de l’essence – le gouvernement l’a bien compris, c’est pour cela qu’il lâche les chiens.

En mai 68, c’était l’irruption en masse des travailleurs et travailleuses dans la grève et sa jonction avec la révolte étudiante qui avaient fait trembler le gouvernement et toute la bourgeoisie sur leurs bases. Et ce sont les directions syndicales qui les avaient sortis de ce mauvais pas. Si la génération « octobre 26 » marche dans les pas de ses aînés soixante-huitards, que ce soit pour marquer les pavés de tout le pays par de nouveaux pas franchis ! À cette fin, après la vague lycéenne qui a pris la rue mardi 6 octobre, et alors que l’intersyndicale agite déjà le 5 novembre dans l’espoir de renvoyer l’explosion de la colère aux calendes grecques, le besoin est pressant pour le mouvement de se doter d’une politique nationale à se proposer à lui-même. Puis que cette politique permette des adresses au reste de la jeunesse, au monde du travail… Les objectifs de la coordination lycéenne Paris-banlieue réunie une nouvelle fois le 6 au soir montrent la voie. Si Mai 68 n’était qu’un début, que le combat continue !

Stefan Ino