
Crédits : Benjamin Applebaum / département de la défense des États-Unis (domaine public)
Nouveau coup de tête de Trump sur la scène internationale. Trois annonces explosives quasi simultanées : l’annonce d’un « deal » avec Poutine qui, rompant l’embargo décidé par les puissances occidentales sur le commerce avec la Russie, devrait permettre aux États-Unis d’importer quelque quatre millions de tonnes de diesel russe ; la proclamation d’un « cessez-le-feu énergétique » entre Moscou et Kiev, qui arrêterait pour un temps tout bombardement de l’Ukraine sur des centres pétroliers de Russie ; une nouvelle déclaration de Trump (comme il en a déjà fait dans le passé) selon laquelle Zelensky ne serait pas légitime à gouverner : les Ukrainiens devraient pouvoir élire « un nouveau président pouvant parvenir à un accord » avec la Russie.
Surprise à Kiev, dont le gouvernement n’avait pas été mis au courant de ce cessez-le-feu décrété en son nom par Trump. Consternation du côté des dirigeants impérialistes européens, qui s’estiment une nouvelle fois trahis par leur grand ami américain, eux, les Macron et Merz, qui se flattent haut et fort d’apporter une aide militaire et financière accrue à Zelensky, sous prétexte de menace russe (occasion d’augmenter aussi leurs propres budgets militaires et les affaires de leurs marchands de canons). Les affaires étant les affaires, l’embargo européen vis-à-vis de la Russie reste très sélectif et n’empêche pas la Russie de vendre son pétrole par d’autres voies, dont une partie revient y compris en Europe après avoir été raffiné en Inde par exemple.
Quant à Zelensky, sommé par Trump de laisser la place, il s’est empressé de dire qu’il lui faudrait obtenir de Moscou un cessez-le-feu de soixante jours pour organiser une élection… Ce que Moscou ne peut que lui refuser. Et les bombes continuent à tomber.
Lubie or not lubie ?
Le « cessez-le-feu énergétique », dernière lubie de Trump (que le feu cesse ou pas, peu lui importe), a une raison bien plus terre-à-terre et circonstancielle : tenter un geste vis-à-vis de son électorat « Maga » à la veille des élections dites de « mi-mandat » aux États-Unis, qu’il craint de perdre. C’est que là-bas aussi, les plus pauvres souffrent de la hausse des carburants et toutes ses répercussions. Grâce au deal avec Poutine, une baisse de leur prix pourrait calmer une colère qui monte, espère Trump. Même s’il s’agit d’une promesse, pour plus tard, même si les quantités annoncées ne vont pas changer grand-chose aux prix, il faudrait juste que ça tienne jusqu’au 3 novembre, pour que son propre électorat ne puisse pas (ou pas trop) lui reprocher de dépenser des dollars pour le reste du monde, qu’il oublie notamment cette guerre engagée par lui contre l’Iran. Et cette fois, ce n’est pas un coup d’éclat comme au Venezuela, où Trump a pu récupérer un potentiel marché pétrolier en changeant une tête du régime. Cette fois, contre l’Iran, la guerre s’éternise et embrase le Moyen-Orient et fait accessoirement flamber le prix du pétrole. Trump aimerait faire croire qu’il n’en est pas responsable.
Mais il ne s’agit pas d’une lubie. Il s’agit d’affaires pour les multinationales pétrolières, pour les marchands d’armes américains. Il s’agit, non pas du sort du peuple ukrainien ou russe, mais d’obtenir des marchés et contrats (quelques-uns déjà obtenus il y a un an de l’Ukraine pour l’exploitation de richesses minières en remboursement des fournitures apportées dans les premières années de la guerre). Peut-être même un contrat avec les pétroliers russes ! Il s’agit aussi du contrôle du Moyen-Orient, dont la guerre d’Iran est l’un des enjeux, la région du monde la plus riche en ressources pétrolières. C’est une constante de la politique impérialiste américaine, depuis la mise en place de la dictature du chah en Iran, soutenue pendant plus de 25 ans, jusqu’à la guerre aujourd’hui, en passant par les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Politique menée sous tous les présidents américains, faisant des envieux ou des alliés parmi les puissances impérialistes de second rang d’Europe, suivant les époques.
Michelle Verdier
