Après une journée de grève particulièrement réussie le 15 septembre, l’intersyndicale des industries électriques et gazières (IEG) avait pour seule perspective un rendez-vous avec la ministre, fixé au 2 octobre.
Devant l’absence de réponse du gouvernement, les syndicats décident, le 24 septembre, de « hausser le ton » et appellent à une nouvelle journée de grève le 6 octobre, passant par-dessus la date du 29 septembre, pourtant appelée de longue date par la fonction publique.

Hasard du calendrier : les lycéens et les syndicats de la fonction publique avaient eux aussi choisi le 6 octobre comme temps fort de la mobilisation. Hasard plutôt heureux qui aurait presque pu faire oublier la volonté initiale de faire bande à part, en appelant au 6 plutôt qu’au 29 septembre.

Portée par l’explosivité de la mobilisation de la jeunesse et par la répression révoltante qu’elle a subie, la journée du 6 octobre commençait à dépasser largement le seul secteur de l’éducation. La participation d’un secteur industriel aussi important que les IEG aurait pu constituer un signal fort pour l’ensemble du mouvement et, plus largement, pour l’ensemble des travailleurs.

L’intersyndicale tourne le dos à la mobilisation

C’est probablement la crainte du gouvernement qui a poussé la ministre déléguée à l’Énergie à adresser, le lundi 5 octobre, un courrier à l’intersyndicale, affirmant que « le gouvernement ne retiendra en 2027 aucune évolution ayant un impact sur la fiche de paie des agents actifs des industries électriques et gazières et sur les ressources financières des agents retraités ».

Aussitôt le courrier reçu, l’intersyndicale annonce triomphante que, ayant été « entendue », elle retire son appel à la grève pour le lendemain…

Ce recul — temporaire, puisqu’il ne concerne que 2027 — constitue bel et bien une concession du gouvernement motivée certes par la journée de grève réussie du 15 septembre, mais aussi par la volonté d’empêcher toute généralisation du mouvement de la jeunesse.

Seule la CGT, probablement sous la pression de sa base, a maintenu son appel à la grève. Après avoir signé le communiqué intersyndical et après les déclarations du secrétaire de la fédération, qui avait salué « un apaisement » et confirmé la suspension du mouvement !

Inflation, essence, grilles de salaire… Il y aurait eu bien des raisons de maintenir cette journée de mobilisation, en plus du soutien à la mobilisation des lycéens. Mais les directions syndicales ont choisi de cantonner les travailleurs des IEG à leurs revendications sectorielles et de les enfermer dans un corporatisme borné, au moment même où la mobilisation pouvait prendre une dimension plus large.

Correspondant