Dans un lycée de Caen, comme dans bien d’autres, les élèves ont rejoint le mouvement lycéen jeudi 1er octobre. Bloqué avant le lever du soleil, il voit son portail léché par des flammes hautes de quatre mètres. Plus tard dans la matinée, le vent rabat sur lui des nappes de gaz lacrymogènes. Les salariés y travaillent d’habitude en toute sérénité : ils sont surpris et choqués.

Le lendemain, des profs improvisent une AG et discutent de leurs revendications. Un groupe d’agents venu à la machine à café écoute en retrait. Ils sont invités à s’exprimer. Les profs apprennent alors que la région embauche depuis juillet les agents d’entretien contractuels avec des contrats lissés à 31 heures par semaine, qui montent à 42 heures en période scolaire, et redescendent à zéro en période de vacances, de sorte que celles-ci ne sont pas payées. Les collègues mangés à cette sauce infâme touchent 750 euros un mois sur deux ! Quant à la collègue passée à 80 %, elle nettoie toujours autant de salles. Lorsqu’elle a protesté, on lui a répondu : « Vous n’avez qu’à ne pas faire les petits coins. » « Les petits coins », explique-t-elle alors, « je les fais depuis 30 ans ! Je m’y suis usé la santé ! Et là, on vient me dire que j’ai fait ça pour rien ? » Les enseignants écoutent atterrés.

Une semaine plus tard, alors que les cours n’ont pas repris, quelques enseignants viennent rendre visite aux agents dans leur salle de pause. On reparle de ce qui ne va pas chez les uns et les autres, de comment se tenir informés et se serrer les coudes. De comment la direction, interpellée par des enseignants sur les conditions de travail des agents lors du temps de « démocratie interne » ordonné par le ministre, est restée muette. Du mouvement des jeunes aussi, qui a permis tout ça. « Oui, ils ont brûlé le portail », concède l’un de ceux à qui la direction a demandé de jouer par la suite les cerbères, « mais s’ils ne l’avaient pas fait, on ne se parlerait toujours pas… ».

Correspondant