
Entretien avec une étudiante en deuxième année de formation d’éducatrice spécialisée à l’Institut de développement du social (IDS) de Canteleu (métropole rouennaise), établissement privé délégataire de service publique sous tutelle de la région Normandie. Depuis quelques jours les étudiants-alternants de cet établissement sont entrés en lutte pour leurs conditions d’étude et de travail.
Quelles sont les raisons de votre colère ?
Déjà, les locaux de l’IDS sont absolument vétustes, ils datent de 1974 et n’ont jamais été rénovés. Le bâtiment n’est pas aux normes PMR, il y a des infiltrations d’eau, des champignons, de l’amiante et on a même eu une invasion de furets…
À ça s’ajoute un manque de moyens sur les formations. Les formateurs en arrêt ne sont jamais remplacés, parfois des formateurs sont contraints de se substituer à des collègues dans d’autres disciplines qu’ils ne maîtrisent pas. Pour pallier le manque de formateurs, on a des heures de « formation en autonomie » où on signe en ligne pour justifier qu’on a assisté à un cours qui n’existe pas afin que l’école puisse attester d’un nombre d’heures de formation.
Alors qu’on est théoriquement étudiants et qu’on paye la CVEC, on n’a accès à aucun des services de l’université. On n’a par ailleurs aucun droit de regard sur le budget de l’école ou sur le déroulement des conseils d’administration.
Notre formation se fait en alternance avec des stages dans des structures sociales et là-bas on sent qu’on n’est que de la chair à canon qui va au front sur un secteur complètement laissé à l’abandon. Au bout de même pas un an de formation, on se retrouve souvent laissés seuls avec plus d’une dizaine de jeunes, on est forcément dépassés. La rémunération pour ça c’est clairement de l’exploitation… La gratification est de 2,93 euros de l’heure (!), mais la plupart des structures n’ont pas les moyens de payer même des sommes aussi faibles. Pour remédier à ça, l’IDS est supposé avoir une enveloppe pour gratifier les stages, mais personne n’en a jamais vu la couleur, on bosse donc souvent gratuitement. À ça, il faut ajouter qu’on n’a aucun frais kilométrique alors qu’on peut se retrouver à travailler jusqu’à Dieppe.
Mais ce qui a vraiment servi de déclencheur à notre colère c’est de voir que les lycéens et les étudiants se mobilisent en masse et surtout de voir le monde gigantesque de personnes qu’il y avait dans la rue le 17 octobre. Là, on s’est dit qu’on pouvait pas rester sans agir alors que tous les jeunes autour de nous essayaient de faire bouger les choses.
Comment se sont passés ces premiers jours de mobilisation ?
Les jours qui ont suivi le 17 octobre on a discuté avec des camarades de promos de ce qu’on pouvait faire. Jeudi 22, on a décidé de bloquer l’IDS dès le matin pour protester, on était 70 étudiants. La direction a catégoriquement refusé de discuter avec nous. La question n’est pas de dire qu’ils sont spécialement responsables, on sait qu’on est à l’interface de deux milieux carencés que sont les études sup et le social, mais on voit où ils se rangent quand ils nous ignorent puis qu’ils envoient des mails de remontrances aux étudiants et aux formateurs qui ont parlé à des journalistes. Un membre de la direction nous a dit ça : « Vos formations elles sont très bien, elles vous préparent à vos futures conditions de travail. » Mais justement, c’est ça qu’on refuse, les conditions de travail qu’ils nous préparent !
Samedi 24 octobre on sera le plus nombreux possible à la manifestation à Rouen. On a écrit un tract pour encourager les autres étudiants de l’IDS à nous rejoindre et on prépare une banderole pour avoir un cortège dans la manif, et être visibles et entendus.
