(Article de septembre 2021)

La grève qui a éclaté depuis deux semaines dans des dépôts de bus Transdev en région parisienne est la réaction à une offensive patronale qui touche déjà, ou va toucher dans les mois qui viennent, tous les travailleurs du secteur. En Île-de-France, cette offensive est appuyée par une « ouverture à la concurrence » du réseau, ouverture qui est déjà effective dans les autres régions. La question d’une réaction coordonnée à l’échelle du secteur se pose dès maintenant à partir de la grève dure engagée à Transdev. Face à la jungle des conventions collectives de branche, divisées entre urbain et interurbain, des différents « statuts » (notamment celui de la RATP ou d’autres régies comme Tisséo à Toulouse), des accords de groupe (Transdev, Keolis ou RATP) et des accords locaux dépôt par dépôt, le besoin se fait sentir de revendications unifiées, compréhensibles par tous les travailleurs du secteur.

La complexité des rémunérations dans le transport repose sur le fait qu’une multitude de primes sont rattachées à chaque service effectué. Le temps de travail ne peut pas être régulier (car on ne peut pas laisser un véhicule au milieu de la route par exemple), chaque semaine travaillée génère soit des heures supplémentaires, soit du déficit horaire. La période prise en compte pour le calcul du temps de travail (qui sert entre autres au décompte des heures supplémentaires) varie en fonction des entreprises entre la quatorzaine et l’annualisation, avec toute la gamme intermédiaire. Les primes et autres indemnisations représentent en général autour de 15 % du salaire brut, ce qui pousse évidemment à s’en préoccuper…

 

 


 

La vérité c’est le mensonge. Plongée dans la novlangue patronale

Temps de travail effectif (TTE) : c’est le temps de conduite du bus sur sa ligne et les temps annexes (prise de service, forfait temps d’entretien du véhicule, etc.) L’adjectif « effectif » est trompeur puisque c’est un temps théorique, calculé par les services de chaque entreprise. Chez Transdev en Île-de-France, ces calculs ont été centralisés à Paris, produisant des estimations de plus en plus éloignées de la réalité. La réorganisation des lignes et des journées de travail est pour l’instant bien loin des véritables temps de parcours : cette « optimisation » rogne sur les temps de pause, et ce sont les conducteurs qui trinquent.

Temps indemnisé (TI) : vocabulaire du groupe Transdev qui recoupe ce qui s’appelle communément « temps de coupure » dans la convention collective du transport interurbain. Ce sont les temps passés entre deux lignes, soit au dépôt, soit dans le bus à un terminus. Ces coupures sont dites « indemnisées » parce qu’elles ne sont plus payées à 100 % à partir de sept minutes et qu’elles ne comptent pas dans le temps de travail. Une coupure en dehors du dépôt est indemnisée à 50 %, une coupure au dépôt à 0 % – on appréciera la notion toute patronale « d’indemnisation à 0 % » ! Le calcul du temps de travail devient particulièrement alambiqué : sur la période considérée (qui varie entre la quatorzaine et l’année) si le temps de travail effectif (TTE) n’atteint pas la durée légale, il est automatiquement complété en piochant dans le TI – une heure « indemnisée » à 50 % comptant comme une demi-heure. À l’inverse, le TI qui dépasse la durée légale n’est pas compté comme heure supplémentaire avec les majorations qui vont avec mais seulement « indemnisé ».