Épuisés par des trajets absurdes et des salaires minables, ignorés par leur administration : les enseignants stagiaires de Grenoble se mobilisent. Mardi 13 et mercredi 14 octobre, ils seront en grève et rejoindront la manifestation de l’éducation.

Être stagiaire, c’est enseigner à mi-temps tout en suivant les cours de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé). Sur le papier, c’est une année de formation. Dans les faits, c’est une année d’épuisement. Une enquête interne montre que les semaines de travail atteignent 55 heures, entre la formation, les cours aux élèves, les réunions et les trajets.
En cause notamment, des déplacements qui n’ont aucun sens. On fait venir des stagiaires de Lyon à Grenoble, et inversement. Les sites départementaux ont été fermés. Résultat : en moyenne 380 kilomètres par semaine et plus de 280 euros de transport par mois, et plus d’un quart d’entre eux paie un second logement. Avec la hausse du prix de l’essence et des péages, certains paient jusqu’à 700 euros de transport par mois. En face, l’IFF1 ne prévoit que 110 euros par mois, et pas pour tout le monde. « Choisir entre essence et alimentation en fin de mois » : voilà la réalité de l’entrée dans le métier. Au-delà du coût, un quart des stagiaires passe plus de 10 heures par semaine dans les transports, soit plus d’une journée de travail supplémentaire chaque semaine.
L’organisation de la formation est déplorable. Les stagiaires s’entassent dans des amphis trop petits, certains assis par terre sous 40 degrés l’été. Il arrive même qu’ils apprennent sur place qu’aucun professeur n’est affecté à leur cours : levés à 5 h 30, 40 euros de TER dépensés… pour rien. La faute à la réforme du Capes, répond la direction de l’Inspe : il y aurait trop de stagiaires. Elle est bien la première à se plaindre d’avoir trop de professeurs, surtout en pleine mobilisation lycéenne ! Beaucoup de stagiaires ont d’ailleurs déjà démissionné.
Heureusement, les stagiaires ne se laissent pas faire. Depuis la rentrée, ils se réunissent en assemblée générale, ont élu leurs délégués, fait tourner une pétition, répondu à la presse et participé à la manifestation du 29 septembre. Ils ont même obtenu une rencontre avec la direction de l’Inspé, qui a renvoyé la balle au rectorat. Mais il a suffi que l’AG vote la grève pour mardi et mercredi pour que, dès le lendemain, le rectorat sollicite une rencontre !
Les revendications sont claires : le remboursement des frais de déplacement et des cours en visio le plus souvent possible pour limiter les coûts et la fatigue. À plus long terme, les stagiaires demandent la réouverture des sites départementaux, alors même que l’académie de Grenoble prévoit de fermer le site de Chambéry à la rentrée 2027 pour faire des économies sur leur dos.
Mardi 13 et mercredi 14 octobre, ils seront en grève et dans la rue à Grenoble, aux côtés de leurs collègues et des lycéens qui se battent eux aussi pour leur dignité et de meilleures conditions de travail.
Correspondant
