
Tous, sauf moi, de Francesca Melandri
Folio, 640 p., 10,50 €
Rome, 2010, Ilaria, prof quadragénaire, trouve sur le pas de sa porte, un jeune Africain, Éthiopien, qui lui dit être son neveu, le petit-fils de son père, Attilio Profeti.
Celui-ci, âgé de 95 ans, n’étant plus en mesure de répondre à ses questions, Ilaria, aidée par un de ses frères, se lance en quête d’informations sur la vie de son père. De cartes et lettres dans une boite à la lecture des archives, elle découvre des pans entiers de la vie de son père, de la conquête de l’Éthiopie par l’Italie fasciste entre 1936 et 1941 aux affaires néocoloniales d’après-guerre. Elle le savait séducteur et sans scrupules dans sa vie personnelle (il a eu une double vie, triple vie en fait) et elle découvre un homme à la personnalité ambiguë, opportuniste dans sa vie professionnelle.
Parallèlement à ses retours dans le passé à différents moments de la vie d’Attilio, sa jeunesse pendant la montée du fascisme notamment, nous suivons Ilaria dans sa vie dans l’Italie affairiste et corrompue de Berlusconi, qui traite mal les migrants africains.
Shimeta Ietmega Attilaprofetti, son neveu, à qui on vient de refuser le droit d’asile, en est l’incarnation, lui qui vient de vivre l’enfer de la migration.
Des aspects peu glorieux de l’histoire de l’Italie nous sont révélés avec la violence et l’horreur de l’occupation par les chemises noires de l’Éthiopie, faite d’exactions, de massacres (utilisation du gaz ypérite) de lois raciales avec l’interdiction du métissage malgré de nombreux enfants nés des « talians », de corruption.
Ce roman touffu de cinq cents pages vaut le coup de faire un effort de lecture tant il est passionnant et instructif, ayant le mérite notamment de faire le lien entre le passé colonial violent de l’Italie et le racisme virulent contre les migrants africains.
Liliane Laffargue
