
Au moment de son arrestation, le meurtrier de Trappes, sympathisant d’extrême droite et possesseur de Mein Kampf, avait déclaré vouloir « venger les commerçants » en ciblant « les Noirs et les Arabes ». Il a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police afin d’y être soumis à une période d’observation psychiatrique, avant d’être replacé en garde à vue. Des rassemblements en hommage aux victimes et pour s’élever contre le racisme se sont tenus lundi 26 octobre dans de très nombreuses villes du pays, témoignant de la très vive émotion suscitée par cet attentat.
Après l’attentat, dans un tweet, Macron a mentionné, pour le déplorer, « des attentats qui ont frappé des chrétiens parce qu’ils étaient chrétiens et des juifs parce qu’ils étaient juifs », mais il s’est bien gardé d’évoquer les musulmans et l’islamophobie ! Pire encore, Hervé Morin, président de la région Normandie et ancien ministre des Armées, affirmait le soir du 23 octobre sur BFM à propos de cet attentat terroriste : « Il faut avoir en tête que nos compatriotes ont quand même vu samedi dernier des pillages qui venaient pour l’essentiel des jeunes de quartier. »
La ville de Trappes est par ailleurs de longue date une des cibles des islamophobes : en 2020, Ivan Rioufol, éditorialiste sur CNews, affirmait que Trappes est devenu un « trapistan » ; la même année, Laurent Jacobelli, porte-parole du RN, qualifiait la ville d’une des « premières victimes de l’islamisation et du communautarisme ». En 2022, Bardella parlait de « capitale européenne du djihad » et de « république islamiste »…
Depuis des années, le gouvernement n’a de cesse d’entretenir un climat raciste, de la loi immigration à la chasse aux immigrés, des centres de rétention à l’augmentation des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers. Après les manifestations du 17 octobre, les gouvernants, les racistes de la droite et de l’extrême droite et tous les médias à leur service s’en sont donné à cœur joie, ne reculant devant rien pour exhaler leur haine des manifestants. Pour Bardella, les manifestants sont « des prédateurs de banlieue qui viennent dans les grandes villes pour piller, hordes déracinées de sauvages qui se trouvent de l’autre côté du périphérique ». Zemmour sur LCI a parlé de « hordes de barbares maghrébins et africains » et de « cette alliance de l’extrême gauche et de la racaille qui pillent des magasins ». De son côté, Ciotti a prétendu se tenir « face à un fascisme rouge, à une intifada française, à une forme d’insurrection où se rejoignent les islamistes, les antifas, les casseurs, les pilleurs… »
Alors comment s’étonner, dans ce climat nauséabond, si quelque débile finit par passer à l’acte ? Le meurtrier de Trappes est peut-être psychiquement malade et irresponsable, l’enquête le dira. Mais ceux qui ont rendu ce crime possible et armé son bras continuent de se pavaner sur les écrans et de dégueuler sans honte et à jet continu leur racisme et leur hostilité aux travailleurs et aux jeunes qui luttent.
Michel Grandry
