La Cour de cassation tunisienne a rejeté le pourvoi dans une affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État », confirmant les lourdes peines (pouvant atteindre jusqu’à 45 ans de prison) prononcées en appel en novembre 2025 contre une quarantaine de prévenus, dont des figures de l’opposition et des avocats. Parmi les personnes incarcérées figurent notamment l’opposant historique Ahmed Néjib Chebbi, 82 ans, l’un des militants de gauche les plus connus du pays, l’avocat Ayachi Hammami, le responsable du parti islamiste Ennahdha Abdelhamid Jlassi, l’ancien ministre centriste Ghazi Chaouachi ainsi que la journaliste et écrivaine Chaïma Issa. La répression s’est intensifiée dans le pays depuis le coup de force du président Kaïs Saïed, en juillet 2021, qui s’est arrogé tous les pouvoirs. Et nombre de ses opposants – qu’ils soient de gauche, islamistes, syndicalistes ou défenseurs des droits humains – se retrouvent derrière les barreaux accusés de complots imaginaires. Cerise sur le gâteau, la date de l’audience avait été annoncée au dernier moment pour prendre de court les avocats de la défense. Avant l’audience, Amnesty International avait exhorté les autorités tunisiennes à annuler les condamnations, qu’elle juge « iniques » et à libérer les détenus. L’ONG fustigeait notamment « un procès collectif entaché de violations des garanties d’une procédure régulière » et dénonçait les conditions de vie des prisonniers, aggravées selon elle par « les récentes vagues de chaleur successives ». Avec Saïed, le pays est devenu une vaste prison.