
Au centre des revendications des lycéens, on trouve le rejet de Parcoursup, mais aussi celui des conséquences des réformes Blanquer du lycée et du bac.
Ces réformes ont installé des groupes de « spécialités » – que les élèves doivent choisir dès la fin de la seconde, alors qu’ils sont encore très jeunes – qui déterminent leurs choix d’études post-bac, les restreignant de fait. Car ils ont désormais trois spécialités en première et deux seulement en terminale. La mise en place de ces spécialités s’est traduite par la création de groupes au sein d’une même classe. Groupes aux effectifs importants et qui changent selon les spécialités.
De plus, la multiplication de ces groupes a entraîné de grosses contraintes dans les emplois du temps : les groupes de spécialités occupent de nombreux créneaux, or les lycées n’ont pas suffisamment de salles, ni de profs, et donc les emplois du temps sont éclatés, avec des trous, sur l’amplitude 8 heures-18 heures.
La suppression d’une partie des épreuves de bac et leur remplacement par le contrôle continu fait peser sur les lycéens une pression permanente dès la classe de première. L’obligation de résultat – il faut être le meilleur possible – fait disparaitre le droit à l’erreur, pourtant partie intégrante de l’apprentissage. Chaque note comptant, les lycéens ont le sentiment de jouer leur avenir à chaque fois. En effet, les résultats de ce contrôle continu constituent le fameux dossier de Parcoursup ! Ce dossier fait aussi la part belle à « l’engagement des élèves », c’est-à-dire au fait de participer à des projets dans le lycée, d’être délégué de classe ou élu au conseil de la vie lycéenne. Comme les critères de choix de chaque formation restent opaques, l’angoisse suscitée par Parcoursup est forte, d’autant que, chaque année, ce sont des milliers de jeunes qui restent sur le carreau.
L’introduction de la sélection généralisée que représente Parcoursup répond à une baisse des moyens dans le supérieur depuis des années, à un sous-investissement chronique. Le nombre de places est limité, et en baisse depuis quelques années, dans la grande majorité des formations.
L’ensemble de ces réformes parachève la mise en place du tri social, car ce sont les jeunes issus de milieux populaires qui se voient refusés à l’université et ne peuvent envisager des formations payantes ou éloignées de chez eux, qui vont nécessiter de l’argent pour se loger et pour vivre !
Les lycéens refusent donc, et ils ont bien raison, cette école de la compétition et de la méritocratie où les dés sont pipés. On n’a pas les mêmes chances si l’on a passé son bac dans le 93 ou à Paris, ou dans le lycée bourgeois de n’importe quelle ville moyenne.
Liliane Laffargue
