Nos vies valent plus que leurs profits

L’Union européenne va-t-elle renforcer sa législation anti-migrants ?

Bien que l’intrusion massive dans l’enclave espagnole de Ceuta de 70 000 migrants venus du Maroc n’ait duré que 72 heures et que la majorité d’entre eux aient été contraints de regagner leur point de départ, l’extrême droite et la droite françaises, européennes et internationales continuent de jeter de l’huile sur le feu en agitant ses thèmes habituels d’« invasion migratoire», de « grand remplacement », de « submersion » et de « menace pour l’Europe ». C’est dans ce contexte qu’à la demande de certains gouvernements – dont le néo-fasciste italien et le social-démocrate danois – s’est tenue par visioconférence une réunion des ministres de l’Intérieur des 27 avec comme objectif de donner « une réponse européenne » à la crise. Mais, avant même sa tenue, l’Italie de Giorgia Meloni avait suspendu l’accord de Schengen avec l’Espagne, rétablissant temporairement le contrôle de ses frontières pour les voyageurs en provenance de ce pays par voie maritime ou aérienne, et, pour ne pas être en reste, Macron faisait boucler la frontière franco-espagnole par un dispositif militaire impressionnant. De son côté, Sánchez, le Premier ministre d’Espagne, après avoir renvoyé les migrants de Ceuta, s’est empressé de faire prolonger la barrière qui avance dans la mer pour séparer l’enclave du Maroc.

Il ne faut donc pas être grand clerc pour prédire que dans les mois et les semaines qui viennent, on va assister à un durcissement de la législation anti-migrants et à un renforcement de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes chargée de surveiller les frontières extérieures de l’Union européenne et de l’espace Schengen. Et la chasse aux migrants sera sans doute un des thèmes de la prochaine campagne présidentielle. À nous de faire entendre un autre son de cloche et de réaffirmer encore et toujours le droit à la libre entrée et à l’installation pour tous et toutes. À bas les frontières !