L’élection sénatoriale de dimanche 27 septembre aurait été marquée deux nouveautés. D’un côté la constitution pour la première fois d’un groupe RN au Sénat, le parti de Marine Le Pen passant la barre des 10 élus nécessaires pour cela, avec 12 sénateurs (15 en y rajoutant les élus pro-Ciotti) au lieu de 5 précédemment. « Victoire historique » clame Marine Le Pen, pour assoir un peu plus son clan au sein de la droite classique.

De l’autre côté, l’entrée au Sénat d’un élu de la France insoumise, ou plutôt un sénateur et demi si l’on y rajoute Marc Péré, « aparenté LFI » élu sur une liste « LFI-EELV-Génération.s de Haute-Garonne ». « Ce soir, le peuple du Rhône, par son vote, a fait traverser dans tout le pays une onde, annonciatrice de la victoire de Jean-Luc Mélenchon » (à la présidentielle), déclarait l’élu LFI, Gabriel Amar. Mais ni lui ni son demi-collègue n’y auront droit à la parole ou à déposer des textes, privilège accordé aux seuls groupes : les communistes se sont empressés d’annoncer qu’il n’était pas question de les associer à leur groupe, pourtant un petit patchwork intitulé groupe communiste, républicain, citoyen, écologiste-Kanaky. Même refus de la part de Yannick Jadot, chef de file des sénateurs verts.

Scoop dans la presse, pas d’affolement au sommet

Le Sénat restera « assemblée du débat apaisée de la raison et réflexion » a déclaré, flegmatique, le président de cette « haute assemblée », Gérard Larcher. Renouvelé seulement par moitié à chaque fois et élu par des notables déjà élus locaux ou régionaux, le Sénat se veut de par nature conservateur. Et même si Marine Le Pen gagnait la présidentielle, même si elle avait dans la foulée une majorité à la Chambre des députés, c’est en alliance avec la droite classique, majoritaire au Sénat, qu’elle devra gouverner, main dans la main. Que ceux qui, écœurés des politiques précédentes, votent pour elle en disant « on ne l’a jamais essayée » s’en souviennent.

Mais du côté de Mélenchon, même s’il était élu, s’il avait un succès aux législatives qui suivront, avec un Sénat verrouillé par la droite, un parlement où non seulement la droite, mais tous les autres partis de gauche ne veulent pas frayer avec lui, il n’aura plus qu’à remballer ses promesses électorales, pourtant déjà bien maigres. Non seulement l’appareil d’État lui-même, sa police et sa chère armée que Mélenchon veut toujours plus forte au nom de la France, mais même ses institutions dites démocratiques, Sénat en tête, sont là pour garantir la stabilité de gestion des affaires des patrons et des banquiers.

Olivier Belin