
Des milliers d’hectares partis en fumée, des méga-feux de Madrid à la Croatie, de la Gironde à la Grèce, des milliers de personnes évacuées, des villages calcinés. À cette série noire brûlée s’ajoute désormais l’incendie survenu mi-août en Belgique, dans la région du parc naturel des Hautes Fagnes, à l’est du pays : plus de 3100 hectares ont été réduits en cendres. La pollution engendrée ne s’est évidemment pas arrêtée aux frontières et s’est étendue jusqu’en Allemagne et dans l’est de la France.
Le 2 août, un site de déchets industriels classé Seveso avait pris feu à Gandrange en Moselle. Le confinement de 30 000 habitants aux alentours avait été décrété. En Gironde, des sites de production d’armes, comme ceux de Dassault et Thalès, se trouvaient à quelques kilomètres seulement du brasier. Le dérèglement climatique annonce des désastres chimiques et technologiques que les aménagements actuels ne préviennent pas, ni pour les populations alentour, et moins encore pour les travailleurs directement exposés.
Les protocoles d’urgence sont le reflet du système : le minimum syndical et priorité au maintien des activités. Suite à l’incident de Gandrange, le confinement avait été levé au bout de quelques heures, sans garantie de sécurité. Dans les Ardennes, en Lorraine, tandis que le brouillard de pollution et les particules fines venus de Belgique s’étalaient dans les vallées, qu’on pouvait sentir dans l’air une odeur nauséabonde et voir une brume épaisse en altitude, les seules préconisations consistaient à porter un masque en extérieur, à réduire sa vitesse de circulation, à ne pas allumer de feu… Éviter de sortir pour voir des proches ou ses loisirs, mais évidemment pas pour se rendre au travail, sans aucune forme d’aménagement, alors que dans le Grand Est, Atmo (association qui fédère le réseau national des associations de surveillance de la qualité de l’air) évaluait la qualité de l’air à « extrêmement mauvaise », donc nocive, pendant deux jours et deux nuits. Une fois encore, les responsabilités pèsent à l’échelle individuelle sans aucune remise en cause à large échelle !
Comme en France, la Belgique ne dispose pas des forces d’intervention nécessaires pour faire face à ce type de situation. Elle a dû demander des renforts aux Pays-Bas, à l’Allemagne, à la Norvège et à la Suède. Salutaire exemple de coopération internationale… qui révèle une fois encore l’impréparation totale et le sens des priorités des États européens : l’escalade sécuritaire et anti-immigration, et la marche à la guerre.
Les louvoiements de Lecornu au Porge, qui a esquivé les manifestants lorsqu’ils dénonçaient leur abandon au profit des sites plus touristiques, et plus riches, du Cap Ferret, et qui fait mine de se soucier du sort des pompiers, ne trompent pas : c’est par des huées qu’il a été accueilli lors de sa visite sur place.
Tandis qu’on réprime avec des matraques flambant neuves et des canons à eau les mobilisations pour dénoncer l’inaction et les manques de moyens tout le reste de l’année, les pompiers volontaires sont contraints de poser des congés pour renforcer les équipes trop maigres qui combattent les flammes, dans des zones complètement asséchées.
Cet été caniculaire a été une énième preuve de l’incapacité de ce système à gérer les conséquences des crises qu’il engendre, prisonnier de sa logique du profit à tout prix. Mais si ni les nuages de fumée ni l’appétit vorace des capitalistes ne connaissent de frontière, notre colère non plus ! Déjà les agriculteurs les plus modestes – donc également les plus touchés – organisent des réseaux d’entraide et se partagent ce qui reste d’eau, tandis que les pompiers se préparent à rejoindre la contestation dans la rue le 29 septembre. Seule la mobilisation collective et la grève, permettront de mettre un coup d’arrêt à la machine infernale alimentée par nos gouvernements. Pour répondre à des besoins aussi fondamentaux que d’avoir de l’air à respirer et de l’eau à boire, nous ne pourrons compter que sur la solidarité internationale, celle des travailleurs, des travailleuses et des jeunes qui aspirent à un monde vivable.
Etienne Fassin et Benjamin Palka