Malgré les rodomontades de Trump, qui clamait encore il y a peu que l’Iran était épuisé et prêt à signer un accord avec lui, avant de reprendre les bombardements, la guerre qu’il a enclenchée depuis le mois de février vient de franchir un nouveau cap.

Depuis des mois, le trafic pétrolier en provenance du golfe Persique est bloqué : les exportations iraniennes par la marine américaine, celles des pays du Golfe – Émirats arabes unis, Qatar, Oman – par le contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite, premier producteur de la région, pouvait, elle, exporter grâce à ses pipelines traversant le pays et à ses terminaux pétroliers de la côte ouest, sur la mer Rouge.

Vendredi 11 septembre, les troupes des Houthis, régime proche de l’Iran qui contrôle la partie nord du Yemen (dont sa capitale Sanaa), opposé au régime du sud lié à l’Arabie saoudite, ont conquis la ville portuaire de Mokha et quelques îles, contrôlant ainsi l’entrée de la mer Rouge par le détroit de Bab-el-Mandeb. Les Houthis ont promis de ne pas s’en prendre au reste du trafic, ne visant que les navires pétroliers saoudiens. L’Arabie saoudite a dû interrompre ses exportations.

Le prix à la pompe de la guerre de Trump

Aussitôt, le prix du pétrole et du gaz sur le marché mondial a connu un nouveau bond en avant, menaçant d’une rapide hausse des prix de tous les carburants à la pompe. 2,31 euros le litre de gasoil, 2,14 euros le sans-plomb aujourd’hui, près de 2,50 euros, voire davantage, demain : c’est le prix à payer pour la guerre de Trump, que nos gouvernants soutiennent d’une façon ou d’une autre.

Les trusts pétroliers, eux, n’y perdent pour l’instant pas grand-chose : leur pratique est de vendre au « prix spot », c’est-à-dire le prix du jour, leur pétrole en stock acheté moins cher. Tout au moins tant qu’un gonflement des factures énergétiques ne finit pas carrément par provoquer une crise.

Le peuple iranien sous la dictature et les bombes

Mais c’est bien sûr en premier lieu le peuple iranien qui paye au prix fort, depuis huit mois, cette guerre voulue par Trump (épaulé par Netanyahou) dans l’espoir de permettre aux États-Unis, avec une capitulation ou un ralliement du régime iranien, de retrouver le contrôle qu’ils avaient jadis sur tout le pétrole du Moyen Orient.

Une enquête d’une mission de l’ONU (un organisme pourtant pas bien révolutionnaire) parue le 14 septembre rappelle les nombreuses victimes civiles que font les bombardements américains.
En Iran, les pénuries et les hausses de prix vertigineuses dues à la guerre, mais aussi les salaires impayés, ont provoqué durant l’été plusieurs manifestations, comme le signalait le 10 septembre un reportage de France 24. Preuve au moins que, prise entre la guerre de Trump et la dictature du régime, la population pauvre d’Iran, qui a si souvent manifesté dans le passé malgré la répression, ne reste pas sans réaction.

Olivier Belin