Alors que nos rencontres d’été battaient leur plein dans le Vaucluse, les camarades du SEP (Sosyalist Emekçiler Partisi, Parti socialiste des travailleurs) tenaient au même moment leur camp d’été au sud de la Turquie dans la province de Muğla. Pour la deuxième fois, le NPA-R était invité à participer au camp. L’occasion pour nos deux organisations d’approfondir des liens militants noués au moment du mouvement du 19 mars 2025 qui avait suivi l’arrestation du maire d’Istanbul.

Malgré les nombreux obstacles, politiques et matériels, à son organisation, le camp a pu se tenir dans de bonnes conditions. Beaucoup de camarades n’ont pas pu faire le déplacement faute de congés ou de ressources alors que l’inflation atteindrait les 50 % selon certaines estimations et que le salaire minimum se situe sous le « seuil de faim » établi par les syndicats. Même la semaine de travail à tendance à s’allonger, 60 heures devenant la norme dans certains secteurs comme le tourisme ou la restauration. Il n’y avait qu’à discuter avec les salariés des campings autour du camp pour s’en rendre compte ! Enfin l’inflation a des conséquences particulièrement lourdes pour les plus jeunes. Il n’est pas rare que des jeunes travaillent à temps complet à côté des études pour s’en sortir. L’animation d’une nouvelle Association des jeunes travailleurs par les camarades vise entre autres à s’adresser et à organiser cette couche de la population qui a un pied dans le monde du travail et l’autre à la fac.

Dans ce contexte économique chaotique, trouver le temps et les ressources nécessaires à l’activité politique est un travail de longue haleine. Comme si cela ne suffisait pas, la pression du régime se fait de plus en plus forte depuis la fin du mouvement du 19 mars. Le principal parti d’opposition a ainsi été neutralisé après qu’un tribunal a démis l’ensemble de sa direction. De leur côté, les organisations d’extrême gauche subissent de lourdes procédures judiciaires. Plusieurs camarades du SEP, toujours en attente de procès, ont encore l’interdiction de quitter le territoire turc. Mais la répression est loin de toucher seulement les militants. Au moment du sommet de l’Otan à Ankara cette année, le régime a procédé à un nombre très élevé d’arrestations préventives, qui dépasse largement le milieu révolutionnaire. Plus récemment, c’est un humoriste, dont les blagues n’ont pas fait rire Erdoğan, qui a été jeté en prison.

Le camp a ainsi été l’occasion d’analyser cette situation politique, marquée par la montée de l’autoritarisme et par la crise économique. Au programme : des débats sur le programme révolutionnaire, sur l’actualité du trotskisme ou encore sur le programme et les tâches internationales. Les discussions ont bénéficié des contributions de Communist Liberation (KA) de Grèce, également présent au camp, du Partido Obrero (PO) d’Argentine (par vidéo) et du NPA-R. Il a permis de constater une préoccupation commune de construction de cadres de discussions et d’action à l’échelle internationale, malgré des nuances et des différences de compréhension. Enfin, le camp fut aussi un moment de détente, de convivialité et d’ouverture sur le monde avec des présentations sur la cosmologie, l’archéologie ou encore un atelier de caricatures. Et trois concerts pour rythmer le camp, dont une belle interprétation, à la voix et au bağlama (instrument traditionnel) de chants alévis du XVIe siècle, témoignages des révoltes passées.

Ayant fait le plein de militants et de sympathisants, y compris avec des nouveaux venus depuis l’année dernière, ce camp fut une belle réussite. Le dynamisme et la détermination des camarades, en particulier des plus jeunes, donnent de l’espoir pour les luttes à venir.

Martin Duquesne