Panneau d’affichage du parti d’opposition Les démocrates (mené par Yair Golan) à Tel‑Aviv. Traduction : « que s’est-il passé Bibi, le Qatar a commencé à payer en crypto ? »

 

(Article du 25 octobre 2026, paru dans Révolutionnaires n° 66)

Bien que certains médias présentent les élections législatives du 27 octobre comme « les plus importantes depuis la création de l’État d’Israël », il est évident que celles-ci n’apporteront aucun changement.

Deux prétendants au pouvoir

Si le prétendu « Bloc du changement », une coalition de centre-droit dirigée par l’ex chef d’état-major Gadi Eisenkot est au coude-à-coude dans les sondages avec le bloc électoral du premier ministre Netanyahou, aucun des deux ne devrait atteindre la majorité de 61 élus (sur les 120 députés de la Knesset).

Eisenkot a axé sa campagne sur le « tout sauf Bibi » (surnom de Netanyahou). Il se présente comme le candidat anticorruption et demande une commission d’enquête sur les défaillances du gouvernement lors de l’attaque du Hamas du 7 octobre. Mais, au nom de la « sécurité d’Israël », il ne remet pas en cause le génocide à Gaza, ni la colonisation en Cisjordanie, ni l’occupation du Sud Liban.

Les partis membres du « Bloc du changement », dont le Parti travailliste dirigé par l’ex général Yair Golan et le parti de « gauche » Meretz fusionnés dans « Les Démocrates », se sont promis de ne participer à aucun gouvernement dirigé par Netanyhaou. Pour essayer de constituer une majorité, le Likoud devrait donc se tourner à nouveau vers ses partenaires d’extrême droite et ultra-orthodoxes. Mais l’opposition de ces derniers à la conscription au sein de l’armée hérisse l’opinion publique, y compris à droite. Les ultra-orthodoxes – 13 % de la population – sont jusqu’ici exemptés du service militaire, remplacé par les années consacrées à l’étude de la Torah.

Les listes arabo-israéliennes

Dans ce que l’on nomme les « non alignés », on trouve deux listes de partis arabo-israéliens (composés essentiellement de descendants des Palestiniens restés après la constitution de l’État d’Israël, en 1948, soit 21 % de la population).

La « Liste arabe unie » (Ra’am, parti islamiste modéré) de Mansour Abbas est créditée de 5 sièges dans les derniers sondages, tandis que « La Liste commune », créditée de 9 sièges, est composée des partis palestiniens nationalistes-libéraux Ta’al et Balad et, à gauche, de Hadash (dont la principale composante est le Parti communiste israélien), qui dit rechercher « une représentation forte, claire et responsable de la population arabe et des milieux juifs démocratiques ».

La droite mène une vraie campagne contre ces listes, les accusant de complicité avec le Hamas. La commission électorale a d’ailleurs interdit à tous les partis à majorité arabe de se présenter aux élections, une décision annulée par la Cour suprême. Il s’agissait de dissuader le « Bloc du changement » d’Eisenkot de toute alliance avec les partis arabes pour constituer une majorité à la Knesset, alliance à laquelle serait prête la « Liste arabe unie » de Mansour Abbas. C’est aussi une façon de montrer aux Arabes israéliens qu’on les considère comme des citoyens de seconde zone, dépourvus des mêmes droits que les Juifs.

Un système verrouillé

En Israël, les élections se déroulent au scrutin proportionnel, mais avec un seuil à 3,25 % (qui donne 4 députés). En-dessous de ce seuil, les voix ne sont pas comptabilisées. Des dirigeants de l’organisation de défense des droits humains Standing Together avaient décidé de présenter une liste appelée « Un endroit pour nous tous » (A place for all us) mais les sondages lui donnant moins de 1 %, après l’échec des discussions pour intégrer « La Liste commune », cette liste a décidé de se retirer « par sens des responsabilités et afin d’éviter tout gaspillage de voix ».
Parmi les militants des droits des Palestiniens, beaucoup disent vouloir voter pour les listes arabes. L’organisation trotskiste Lutte socialiste appelle, elle, à voter pour « La Liste commune », dont fait partie Hadash, en lui apportant un soutien critique.

Reste que les travailleurs n’ont rien à attendre de ces élections qui, quel qu’en soit le résultat, n’apporteront aucune solution aux problèmes du logement ou à la cherté de la vie – les prix ont augmenté de 50 % en quatre ans… Pour cela, ils devront compter sur leurs luttes communes, Juifs et Palestiniens. Et seule la puissance d’une révolution des prolétaires du Moyen-Orient, à l’image des Printemps arabes qui avaient eu des répercussions jusqu’en Israël, permettra de faire reconnaître les droits du peuple palestinien.

25 octobre 2026, Thierry Flamand